Extrait du film "Destricted" 2007 ©Maxppp - NATIONAL PICTURES
Extrait du film "Destricted" 2007 ©Maxppp - NATIONAL PICTURES
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Résumé

La pornographie, souvent moralement condamnée, joue avec les interdits... En retour, elle peut les faire évoluer. Faut-il alors assigner des limites à la pornographie ? Voire carrément, l'interdire ?

avec :

Denis Ramond (attaché d’enseignement et de recherche en Science politique à Sciences Po Lille).

En savoir plus

À partir du 18ème siècle, la pornographie prend une définition morale : elle vise à exciter celui qui la regarde. C’est pourquoi depuis elle est perçue comme négative.
Mais elle n’est pas seulement l’oeuvre des pornographes, elle est aussi une création du droit. Cette catégorie juridique a des conséquences considérables sur la façon dont nous produisons, consommons et percevons les représentations sexuelles.
Si la pornographie vise à exciter, elle peut aussi être créatrice de violences contre les femmes. C'est ce qu'affirme la juriste américaine Catharine MacKinnon depuis les années 80.
La question de la pornographie engendre finalement une réflexion sur la liberté d’expression et le pouvoir des image...

L'invité du jour :

Denis Ramond, attaché d’enseignement et de recherche en Science politique à Sciences Po Lille et auteur de la thèse Puissance et nuisance de l’expression : les théories de la liberté d’expression à l’épreuve de la pornographie.

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L'emprise des catégories juridiques sur nos esprits

Dans l’Ancien Régime, il y avait des œuvres qui étaient de façon indiscernable sexuelles et philosophiques. Sade par exemple et la tradition du libertinage. Cette pluralité, cette ambiguïté dans la réception qui faisait qu’on pouvait avoir une lecture sexuelle, politique et philosophique s’est progressivement érodée lorsque la catégorie de « pornographie » est venue définir des œuvres qui ne sont que sexuelles et pas autre chose. Aujourd’hui il est presque inconcevable, et c’est sans doute la preuve de l’empire et l’emprise que les catégories juridiques exercent sur nos esprits, de concevoir des œuvres qui soient à la fois sexuelles et esthétiques et politiques. Je pense que ça serait difficile de citer un film dont on ne pourrait pas savoir s’il est artistique ou sexuel...
Denis Ramond

La pornographie, une violence systémique inscrite dans les représentations

Catharine MacKinnon, juriste et militante féministe, appelle « pornographie » une sorte de violence systémique inscrite dans les représentations et qui exerce une action directe sur les perceptions. Chez elle, la pornographie n’est pas seulement un symptôme de nos désirs ou une œuvre culturelle qui nous influence mais une superstructure presque en termes marxistes, une construction pornographique de la réalité dans laquelle toutes les représentations montrent la femme comme jouissant de sa soumission ou de la violence dont elle est l’objet, et en ce sens, elle est une sorte de nocivité directe. Catharine MacKinnon veut critiquer la manière dont aux Etats-Unis on conçoit la liberté d’expression.
Denis Ramond

En finir avec la pornographie

Il faut en finir avec la pornographie : ça signifie d’en finir avec la norme juridique de pornographie qui nous impose de distinguer entre l’artistique et le sexuel et je dirais aussi qu’il faut en finir avec l’usage du terme pornographie.
Denis Ramond

Sons diffusés :

  • Chanson d'introduction de Juan Rozoff, J'ai envie d'te..., 2009
  • Archive de Ruwen Ogien, INA, 2007
  • Archive de Françoise Giroud, INA, 1975
  • Archive d'Emmanuel Macron contre la pornographie, Heure de culture française, 2017
  • Extrait du film Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, 2000
  • Musique de Colleen, Holding horses
  • Chanson de Jean Yanne, Coït
Références

L'équipe

Sharon Houri
Production
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Colomba Grossi
Production
Marie Simon
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Isis Jourda
Collaboration
Philippe Baudouin
Réalisation
Anaïs Ysebaert
Collaboration