Faut-il se libérer du corps féminin ? ©Getty - Ada daSilva
Faut-il se libérer du corps féminin ? ©Getty - Ada daSilva
Faut-il se libérer du corps féminin ? ©Getty - Ada daSilva
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Résumé

Dans "Le deuxième sexe", Simone de Beauvoir déplie les ressors incarnés de la domination masculine à travers une réflexion et une description du corps féminin, dépeint tantôt comme un asservissement au destin de femelle, tantôt comme le lieu d'une possible libération. Alors qu'en est-il vraiment ?

avec :

Camille Froidevaux-Metterie (philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne).

En savoir plus

Quand paraît Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, en 1949, c'est un scandale. À gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes, le livre est jugé grossier et ridicule : "L'initiation sexuelle de la femme est-elle à sa place au sommaire d'une grave revue littéraire et philosophique ?" se demande François Mauriac dans le supplément littéraire du Figaro.
Car oui, dans Le deuxième sexe, sans surprise, Beauvoir parle... de sexe, mais aussi de sexualité, et de sexualité féminine.
Qui avait, avant elle, parlé dans un même ouvrage de philosophie, de puberté, de clitoris et d'homosexualité ? Qui avait brossé le portrait de la femme mariée, de la prostituée, de la femme vieille, de l'initiation sexuelle de la jeune fille, et de la femme indépendante condamnée à être frigide ou masochiste ?

L'invitée du jour :

Camille Froidevaux-Metterie, philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne

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Réception du "Deuxième sexe"

"Le deuxième sexe" a été accueilli avec violence puis a connu une longue éclipse, jusqu’à ce qu’il soit relu et porté par les théoriciennes et militantes des années 70. Et c’est d’ailleurs dans ce contexte des années 70 que Simone de Beauvoir va se reconnaître et se présenter désormais comme une féministe, ce qui n’était pas le cas en 1949 lorsqu’elle écrit "Le deuxième sexe". Un contexte, donc, dans lequel il s’agît de s’affranchir du carcan corporel qui est le leur, et notamment de leur nature procréatrice, parce que c’est le grand moment de la lutte pour les droits procréatifs.      
Camille Froidevaux-Metterie

L'enfermement immémorial des femmes dans le corps

Dans le moment où Beauvoir pense la condition des femmes, il faut sans cesse le rappeler, elle s’attaque à une forme d’enfermement immémorial des femmes dans cette condition incarnée qui est pour elle synonyme d’aliénation et d’objectivation. C’est elle qui a posé les fondements théoriques et même épistémologiques qui allaient permettre ensuite aux féministes des années 70 de se saisir de ces questions corporelles, au grés de ces centaines de pages elle va déplier les ressors incarnés de la domination masculine.      
Camille Froidevaux-Metterie

Sortir du destin biologique de la femme

Le corps féminin dans ses attributs sexués féminins, les seins de la jeune fille pubère -dont elle dit qu’ils sont comme une prolifération inutile et indiscrète- lui intiment que désormais son destin sera celui d’une femme passive, disponible et subordonnée et c’est évidemment une forme de déni d’existence qui pose problème. La question de Beauvoir c’est montrer comment même à partir de cette condition incarnée objectivée peut se vivre et s’éprouver la condition de liberté qui est celle de tous les sujets tels qu’elle les perçoit dans la perspective existentialiste.      
Camille Froidevaux-Metterie

Textes lus par Hélène Lausseur :

  • Extrait du Deuxième sexe, de Beauvoir, tome II, partie I, chapitre 1 : Enfance, éditions Gallimard
  • Extrait du Deuxième sexe, de Beauvoir, tome II, conclusion, éditions Gallimard

Sons diffusés :

  • Musique de Banabila & Machinefabriek, Echo Chamber
  • Archive de Beauvoir, dans Actualité du livre, RTF, 04/11/1949
  • Extrait du film Problemos, de Eric Judor, 2017
  • Archive de Beauvoir, dans Questionnaire, TF1, 6 avril 1975
  • Chanson de fin : Nina Hagen, Unbeschreiblich Weiblich

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Références

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Clara Degiovanni
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Manon de La Selle
Collaboration
Laurence Malonda
Réalisation
Anaïs Ysebaert
Collaboration