L'acteur Jean Pierre Léaud lors du tournage par Marcel Cravenne de l'adaptation télévisuelle de "L'éducation sentimentale" écrite par Gustave Flaubert
L'acteur Jean Pierre Léaud lors du tournage par Marcel Cravenne de l'adaptation télévisuelle de "L'éducation sentimentale" écrite par Gustave Flaubert  ©AFP - GEORGES GALMICHE / INA
L'acteur Jean Pierre Léaud lors du tournage par Marcel Cravenne de l'adaptation télévisuelle de "L'éducation sentimentale" écrite par Gustave Flaubert ©AFP - GEORGES GALMICHE / INA
L'acteur Jean Pierre Léaud lors du tournage par Marcel Cravenne de l'adaptation télévisuelle de "L'éducation sentimentale" écrite par Gustave Flaubert ©AFP - GEORGES GALMICHE / INA
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Pourrait-on, pour une fois, défendre le cas de Frédéric Moreau, l'anti-héros du roman de Flaubert "L'éducation sentimentale"?

Avec

Héros sans panache, Frédéric Moreau se présente volontiers comme le modèle de l'anti-héros par excellence : spectateur de l'Histoire, notre héros se laisser volontiers porter par les événéments, comme si la vie allait finir par s'occuper de son sort. Hélas, un destin bien différent l'attend à la fin du livre.

Le texte du jour

« Frédéric soupçonna Mme Arnoux d'être venue pour s'offrir ; et il était repris par une convoitise plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose d'inexprimable, une répulsion, et comme l'effroi d'un inceste. Une autre crainte l'arrêta, celle d'en avoir dégoût plus tard. D'ailleurs, quel embarras ce serait ! ,– et tout à la fois par prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une cigarette. Elle le contemplait, tout émerveillée. – Comme vous êtes délicat ! Il n'y a que vous ! Il n'y a que vous ! Onze heures sonnèrent. – Déjà ! dit-elle ; au quart, je m'en irai. Elle se rassit ; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne aimée n'est déjà plus avec nous. Enfin, l'aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides, lentement. – Adieu, mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C'était ma dernière démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du ciel soient sur vous ! Et elle le baisa au front comme une mère. Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux. Elle défit son peigne ; tous ses cheveux blancs tombèrent. Elle s'en coupa, brutalement, à la racine, une longue mèche. – Gardez-les ! adieu ! Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe d'avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut. Et ce fut tout. »

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Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869, Partie III, chapitre 6, p.620-621

Lectures

Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869, Livre de Poche, Première Partie, chapitre 1, p.41

Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869, Livre de Poche, Première Partie, chapitre 1, lu par Georges Claisse

Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869, Livre de Poche, Troisième Partie, Chapitre I, p.p.426-427

Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, 1869, Partie III, chapitre 6, p.620-621

Références musicales

Erik Satie, Gnossienne n°1

Bela Bartok, En plus

Philippe Katerine, Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerais toujours mon amour

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