"Le déjeuner des canotiers" Auguste Renoir - 1881
"Le déjeuner des canotiers" Auguste Renoir - 1881 - Auguste Renoir - 1881
"Le déjeuner des canotiers" Auguste Renoir - 1881 - Auguste Renoir - 1881
"Le déjeuner des canotiers" Auguste Renoir - 1881 - Auguste Renoir - 1881
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De Montaigne qui dialoguait avec lui-même aux jeux de mots d'Alice au pays des Merveilles, en passant par les quiproquo de Ionesco, tendez l'oreille à la conversation avec Ali Benmakhlouf.

Avec
  • Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université Paris Est Créteil et membre senior de l'Institut universitaire de France, membre titulaire de l’Académie Nationale de Pharmacie

Nous échangeons sans cesse, nous discutons, nous parlons les uns avec les autres, mais converse-t-on pour autant ? Et si la conversation a les allures d'un match de tennis où l'on ne sait jamais où la balle va rebondir, est-elle pour autant dépourvue de sens ? Ni mondanités, ni dispute, ni exposé dogmatique, où nous mène cet exercice de l'âme ?

La Grande table idées
35 min

Le texte du jour

« Que ma Bovary m’embête ! Je commence à m’y débrouiller pourtant un peu. Je n’ai jamais de ma vie rien écrit de plus difficile que ce que je fais maintenant, du dialogue trivial ! Cette scène d’auberge va peut-être me demander trois mois, je n’en sais rien ? J’en ai envie de pleurer par moments, tant je sens mon impuissance. Mais je crèverai plutôt dessus que de l’escamoter. J’ai à poser à la fois dans la même conversation cinq ou six personnages (qui parlent), plusieurs autres (dont on parle), le lieu où l’on est, tout le pays, en faisant des descriptions physiques de gens et d’objets, et à montrer au milieu de tout cela un monsieur et une dame qui commencent (par une sympathie de goûts) à s’éprendre un peu l’un de l’autre. Si j’avais de la place encore ! Mais il faut que tout cela soit rapide sans être sec, et développé sans être épaté, tout en me ménageant, pour la suite, d’autres détails qui là seraient plus frappants. (…) La phrase en elle-même m’est fort pénible. Il me faut faire parler, en style écrit, des gens du dernier commun, et la politesse du langage enlève tant de pittoresque à l’expression !

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Tu me parles encore, pauvre chère Louise, de gloire, d’avenir, d’acclamations. Ce vieux rêve ne me tient plus, parce qu’il m’a trop tenu. Je ne fais point ici de fausse modestie ; non, je ne crois à rien. Je doute de tout, et qu’importe ? Je suis bien résigné à travailler toute ma vie comme un nègre sans l’espoir d’une récompense quelconque. C’est un ulcère que je gratte, voilà tout. J’ai plus de livres en tête que je n’aurai le temps d’en écrire d’ici à ma mort, au train que je prends surtout. L’occupation ne me manquera pas (c’est l’important). Pourvu que la Providence me laisse toujours du feu et de l’huile ! »

Gustave Flaubert, Lettre du 19 septembre 1852, in Correspondance II, Gallimard Pléiade

Lectures

- Montaigne, Essais (1580), III, 8, « L’art de conférer »

- Quine, Le mythe de la signification

- Gustave Flaubert, Lettre du 19 septembre 1852, in Correspondance II, Gallimard Pléiade, p. 159-160

Extraits

- La Cantatrice chauve de Eugène Ionesco (mise en scène de 1964 par Jacques Reynié)

- Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll (adaptation du 15 décembre 1995 dans « Lecture vivante » sur France Culture)

Références musicales

- Ron Carter, Bass duet

- Dario Moreno, Tu parles trop

- Charley Campbell, Eighteen hundred and ninety-one

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