Petit maitre d'amour, peinture de Julien Vallou de Villeneuve (1840), Musée d'Aquitaine
Petit maitre d'amour, peinture de Julien Vallou de Villeneuve (1840), Musée d'Aquitaine
Petit maitre d'amour, peinture de Julien Vallou de Villeneuve (1840), Musée d'Aquitaine ©AFP - MANUEL COHEN / MCOHEN
Petit maitre d'amour, peinture de Julien Vallou de Villeneuve (1840), Musée d'Aquitaine ©AFP - MANUEL COHEN / MCOHEN
Petit maitre d'amour, peinture de Julien Vallou de Villeneuve (1840), Musée d'Aquitaine ©AFP - MANUEL COHEN / MCOHEN
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Résumé

Connaissez-vous la dialectique du maître et de l’esclave ? C’est une idée clef de la philosophie de Hegel, qui permet de comprendre pourquoi, pour devenir moi, j’ai besoin de me soumettre aux désirs d’autrui…

avec :

Olivier Tinland (professeur de philosophie à l'Université Paul Valéry de Montpellier).

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L'invité du jour 

Olivier Tinland, professeur de philosophie à l'université Paul Valéry de Montpellier

La dialectique chez Hegel

Hegel va franchir un nouveau cap, et voir dans la dialectique non pas simplement quelque chose qui concernerait la pensée, mais quelque chose qui concerne la réalité. La réalité est donc dialectique pour Hegel. Ça veut dire que cette réalité n’est pas simplement une collection d’existants qui sont là à côté les uns des autres, mais qu’elle est traversée par une forme de négativité. Pour Hegel, les choses ne restent pas ce qu’elles sont, ce sont des choses finies et à ce titre elles sont emportées au-delà d’elles-mêmes. Donc l’incarnation de la dialectique c’est le temps, sous son versant naturel et humain, c’est à dire l’Histoire. Toute chose est assujettie au temps et à partir de là est appelée à naître, croître, se développer et périr par exemple. C’est une des versions de la dialectique. Mais de manière plus générale, est dialectique justement un processus dans lequel une réalité va être amenée à nier ce qu’elle est immédiatement, à se transformer et à devenir autre chose. C’est ce à quoi on va assister dans la configuration du maître et du serviteur. 

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Penser la vie 

Penser la vie était pour Hegel, l’objectif de la philosophie. Or, penser la vie, c’est penser des phénomènes tellement complexes, tellement changeants, que le simple placage de concepts fixes dessus ne conduisait qu’à produire des abstractions, qu’à saisir le vif comme du mort. De ce point de vue là, la dialectique est une tentative assez inouïe dans l’histoire de la philosophie, pour se donner une image, une conception de la pensée qui soit à la hauteur de la vie. C’est très compliqué, c’est quelque chose qu’on retrouvera chez Nietzsche plus tard sous une forme très différente. Mais chez Hegel déjà il y a cette ambition extrême qu’est de dire :  plutôt que d’opposer la pensée à la vie, plutôt que de croire que dès qu’on applique du concept au vivant on « momifie » ce vivant comme dira Nietzsche, on produira simplement des dépôts intellectuels inertes du vivant, on va donc essayer de trouver une nouvelle manière de penser, une manière qui restitue autant que possible la fluidité de ce qui est à penser lui-même. Et cette manière de penser c’est justement la méthode dialectique. 

La conscience en quête de vérité

« La phénoménologie de l’esprit » est un vaste traité dans lequel Hegel montre les étapes par lesquelles doit passer la conscience pour parvenir à une conception authentique du savoir, donc de la vérité. Les premières sections de l’ouvrage traitent de la conscience comme telle qui s’oublie elle-même et qui essaie de trouver la vérité dans l’objet, dans ce qui est face à elle puisque être conscience c’est justement d’abord s’oublier soi-même et être emporté vers le monde, vers les objets qui nous entourent. Dans les trois premiers chapitres Hegel nous montre les échecs successifs de cette conscience pour trouver le vrai dans l’objet. A la faveur de ces échecs répétés, elle prend conscience que le monde ne lui est pas simplement donné comme ça mais que la manière dont elle se rapporte au monde dépend largement d’elle-même. Et à partir de là, elle se retourne vers elle-même et va faire du rapport à elle-même la seconde orientation de sa quête de vérité. Elle devient, nous dit Hegel, conscience de soi. 

59 min

Sons diffusés : 

  • Extrait du film The servant, de Joseph Losey réalisé en 1963
  • M aster and Servant du groupe Depeche Mode
  • King Kunta par Kendrick Lamar  

Rediffusion de l'émission du 1er mai 2018

Références

L'équipe

Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Production
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Isis Jourda
Collaboration
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
David Pargamin
Collaboration
Marie Aubert
Collaboration