La maison, porte d’entrée vers le monde ?
La maison, porte d’entrée vers le monde ? ©Getty - CSA Images
La maison, porte d’entrée vers le monde ? ©Getty - CSA Images
La maison, porte d’entrée vers le monde ? ©Getty - CSA Images
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Une maison vide est inhabitable et le déménagement nous le fait réaliser : on n’habite pas un espace, mais un ensemble de choses, objets, plantes, animaux, qui éclairent notre présence. La maison n’est pas un espace retranché, serait-elle-même plutôt la porte d’entrée du monde ?

Avec
  • Emanuele Coccia Philosophe, maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Que peut penser la philosophie ?
Y a-t-il des objets plus respectables que d'autres ?
Parce qu'il n'y a pas que le temps, le bonheur ou la justice, tous les vendredis, nous donnerons la place à ce qui semble ne pas en mériter, à des objets inattendus...
Aujourd'hui : la maison.

À quel moment se produit donc le déclic qui transforme une maison en un chez soi ? Et si ce déclic ne venait jamais ? Faut-il en déduire que cette maison n'était pas la bonne ou que la maison n'est peut-être pas le lieu du bonheur ?

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L'invité du jour :

Emanuele Coccia, philosophe, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Le lieu de l'expérience de l'autre

"Lorsqu'on fait rentrer un chien ou un chat sous son toit, on développe une intimité folle. Au bout d'un moment, on arrête de le considérer comme un chien ou un chat, ça devient une intensité d'amour, d'affection, de divertissement, d'amusement. C'est comme si on leur arrachait le visage, l'identité. Et ce qui est troublant, c'est que l'animal aussi nous considère non plus comme un humain mais comme un chat ou un chien un peu bizarroïde, quelque chose qui n'a plus d'identité. Et là, on voit très bien l'essence de la maison. On a besoin d'elle non pas pour nous retrancher du monde, mais pour faire l'expérience primordiale de l'autre, sans identité : deux vies se pénètrent réciproquement, mais où chacune d'elles a voulu se défaire de son propre visage ; alors la vie, les odeurs, les humeurs passent d'un corps à l'autre sans qu'on puisse savoir à qui appartient quoi." Emanuele Coccia

Whatsapp, notre salon virtuel

"L'espace domestique a pu devenir une forme d'ascétisme, comme s'il fallait concentrer son intimité avec certaines personnes, et on en a souffert énormément pendant le confinement, parce que on s'est demandé, par exemple, pourquoi on n'habite pas avec ses amis ? C'est tellement le cas qu'on a construit des salons virtuels, qui nous permettent de cohabiter avec nos amis qui n'ont rien à faire avec notre famille. Au fond, Whatsapp c'est ça...On a tort lorsqu'on compare les réseaux sociaux à un village, ce sont des salons virtuels qui ont étendu l'expérience domestique pour transformer en présence intime des personnes qui n'appartiennent pas à notre famille."
Emanuele Coccia

La maison ou la petite cuisine du réel

"La maison est l'ensemble disparate d'objets, atmosphères, événements et surtout personnes qui vont rendre possible que ce monde soit un espace où il y a du bonheur. Le fait qu'on construise une maison, qu'on rassemble des choses, des personnes qu'on a besoin d'avoir à côté de soi, et vers lesquels on revient chaque jour, signifie que tout d'abord le monde en tant que tel n'est pas immédiatement capable de produire du bonheur. Il faut cuisiner, transformer, déplacer les choses, les métamorphoser. Et c'est cette petite cuisine du réel qui fait qu'il y a une place pour nous dans le monde." Emanuele Coccia

58 min

Texte lu par Bernard Gabay :

  • Deborah Lévy, Le coût de la vie, éditions du Sous-sol, 2018, traduction Céline Leroy (avec une musique de Lubomyr Melnyk, Illirion)

Sons diffusés :

  • Mix de début d'émission par Laurence Malonda : avec des extraits de On connaît la chanson, film d'Alain Resnais, 1997 ; Demain on déménage, film de Chantal Akerman, 2004 ; Blanche neige et les sept nains, film animé produit par Walt Disney, 1938
  • Musique de Francesco de Masi, Tema di Londra ; album : Action beat and psycho grooves from the italian cinema (1966-1974)
  • Musique du Chapelier Fou !, Mystérieux message
  • Archive cuisine dans Les Actualités Françaises, 27 février 1957
  • Extrait du film Les beaux gosses, de Riad Sattouf, 2009
  • Archive de Marguerite Duras, dans Les lieux de Marguerite Duras, INA, 03 mai 1976
  • Chanson de fin : Diana Ross, It is my house
En savoir plus : Numéro 7. En appartement
1h 00

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Jules Barbier
Collaboration
Carla Michel
Collaboration
Nicolas Berger
Réalisation
Antoine Ravon
Production déléguée
Manon de La Selle
Collaboration
Laurence Malonda
Réalisation
Anaïs Ysebaert
Collaboration