Les Cannibales : épisode 2/5 du podcast Montaigne

Le cannibalisme des Indiens du "Nouveau Monde" (Amazonie) : une gravure de Théodore de Bry pour illustrer le livre "Le Voyage au Brésil" de Jean de Léry (1556-1558).
Le cannibalisme des Indiens du "Nouveau Monde" (Amazonie) : une gravure de Théodore de Bry pour illustrer le livre "Le Voyage au Brésil" de Jean de Léry (1556-1558). ©Getty - Apic/RETIRED
Le cannibalisme des Indiens du "Nouveau Monde" (Amazonie) : une gravure de Théodore de Bry pour illustrer le livre "Le Voyage au Brésil" de Jean de Léry (1556-1558). ©Getty - Apic/RETIRED
Le cannibalisme des Indiens du "Nouveau Monde" (Amazonie) : une gravure de Théodore de Bry pour illustrer le livre "Le Voyage au Brésil" de Jean de Léry (1556-1558). ©Getty - Apic/RETIRED
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Ali Benmakhlouf nous parle du chapitre vertigineux que Montaigne consacre aux Cannibales dans les Essais, le Chapitre XXXI. Une réflexion sur le concept de barbarie et sur le rapport à l'Autre.

Avec
  • Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université Paris Est Créteil et membre senior de l'Institut universitaire de France, membre titulaire de l’Académie Nationale de Pharmacie

Cette émission se concentre sur le chapitre XXXI du Livre I des Essais de Montaigne, dans lequel il parle du "Nouveau Monde", en qualité de quasi-témoin puisqu'il s'est longtemps entretenu avec quelqu'un y ayant vécu pendant plus de dix ans.

Montaigne entame dans ce chapitre une longue réflexion sur notre rapport à l'autre, à l'étranger. Pour lui, le terme de "barbare" renvoie à la fois à l'idée d'étrangeté et à un jugement de valeur. Le philosophe refuse ces jugements arbitraires. Il s'attache par exemple à toujours parler des comportements des autres peuples, à décrire leurs manières de vivre, et non pas leurs "caractéristiques". À cet égard, lire Montaigne est un exercice de décentrement, contre l'ethnocentrisme. Plus encore que penser par soi-même, il s'agit en quelque sorte d'apprendre à penser par autrui, selon une méthode comparatiste.

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Il n'y a rien de barbare et de sauvage dans cette nation, d'après ce qu'on m'en a dit, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans ses coutumes, de même que, en vérité, nous n'avons pas d'autre point de mire pour la vérité et la raison que l'exemple et l'image des opinions et des usages du pays où nous sommes.

Pourtant, Montaigne lui-même se permet parfois des jugements, au nom selon lui du simple usage de la raison. Le professeur de philosophie Ali Benmalkhlouf, invité de cette émission, souligne ainsi la volonté chez Montaigne de limiter tout ce qui relève de l'inhumanité :

Le jugement est véhément et fort à chaque fois qu'il s'agit d'indiquer les éléments qui menacent notre dignité.

Ainsi Montaigne rejette-t-il fermement, par exemple, la torture guerrière, ou encore le cannibalisme :

Tout ce qui est au-delà de la mort simple est pure cruauté. 

Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort.

Ali Benmalkhlouf nous éclaire ainsi sur la conception montaignienne de l'altérité et de la "barbarie". 

Par Raphaël Enthoven. Réalisé par Cédric Aussir. Prise de son : Jacques Vinson. 

Extraits lus : Montaigne, Essais, Livre I, Chapitre XXXI.

Musique : L'Étranger (Beaudelaire), Léo Ferré

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