Dignité humaine, le prix auquel chacun se vend
Dignité humaine, le prix auquel chacun se vend ©Getty - CSA images
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Epictète nous invite à l'action, et pour cela, nous encourage à nous regarder en face pour juger la valeur que l'on s'attribue, en visant le bien. Chacun doit alors se vendre au prix qu'il a lui-même déterminé : agir en fonction du caractère moral qu'on se reconnaît. Mais comment bien agir ?

Avec

Que vaut une vie ? Que vaut votre vie, pas celle d'un autre, mais la vôtre ? À quel prix pourriez-vous vous vendre ? Et comment déterminer, en fonction de son caractère, de son corps, de sa personnalité morale, son propre "prix" ?
Ces questions dérangent : personne n'a envie de se vendre, de se demander ce qu'il vaut, de se réduire à un prix... et pourtant, se joue ici une interrogation fondamentale, que le stoïcien Epictète nous expose et déplie dans son Manuel : quelle est la valeur que l'on s'accorde ? Et dès lors, quels choix et quelles actions nous estimons-nous capables d'accomplir ?

L'invitée du jour :

Christelle Veillard, maître de conférences en philosophie ancienne à l'université de Paris Nanterre, spécialiste du stoïcisme

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Qu'est-ce que le "prix" d'une vie ?

C'est une caractéristique stoïcienne générale : le premier pas à effectuer pour se régler ou pour déterminer ses actions c'est d'accorder une valeur aux choses, donc d'abord aux choses qui nous entourent, savoir ce qui est véritablement utile, à quoi on peut accorder la dénomination de biens, et savoir ce qui, en revanche, est totalement désavantageux et ce qui est parfaitement indifférent. À partir de cette attribution de valeur aux choses, le bien, ce qui est désavantageux ou le mal, et ce qui est indifférent, on va pouvoir identifier que le seul bien qui vaille, c'est la vertu, c'est à dire une disposition harmonieuse de notre âme qui est orientée vers le bien et qui va nous conduire à faire des actions morales. À partir de cette classification des biens ou en tout cas des choses, on va pouvoir s'attribuer à soi-même une valeur ou un prix. C'est la raison pour laquelle cette thématique du prix auquel je me vends apparaît dans la philosophie stoïcienne.      
Christelle Veillard

Le seul bien est ma vertu

C'est chez Epictète qu'on voit apparaître la valeur attribuée à soi-même. Cela s'explique assez bien puisqu'à partir de cette réflexion sur la valeur à attribuer aux choses extérieures, on va découvrir que le seul bien, c'est ma vertu : ma disposition interne, et Épictète va réfléchir sur l'autonomie et donc la liberté absolue dont nous disposons lorsque nous avons identifié cet élément fondamental qu'est notre disposition intérieure. Donc, le soi, la manière dont je juge, c'est ça qui va finalement avoir le plus de prix et à partir de quoi il va falloir attribuer, par ricochet, une valeur aux choses extérieures.  
Christelle Veillard

Textes lus par François Raison :

  • Epictète, Manuel, § 25, 125 après J.-C., traduction de Jean-Baptiste Gourinat citée dans l’ouvrage de Christelle Veillard Les stoïciens, aux éditions Ellipses (avec une musique de Beethoven, Sonate pour piano n°13 en Mi bémol Maj op 27 n°1)
  • Epictète, Manuel, § 29, 125 après J.-C., éditions GF, traduction d’Olivier D’Jeranian

Sons diffusés :

  • Chanson de Michel Sardou, Le prix d’un homme
  • Extrait du film Hôtel du Nord, de Marcel Carné, 1938
  • Archive de Vladimir Jankélévitch, Radio Sorbonne, 12 février 1962
  • Extrait de la série télévisée Squid Game, saison 1, de Hwang Dong-hyeok, Netflix, 2021
  • Chanson de fin : Bob Dylan, Dignity

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