Portrait de l'écrivain français Georges Perec (1936-1982), pris à Paris, le 10 novembre 1978.
Portrait de l'écrivain français Georges Perec (1936-1982), pris à Paris, le 10 novembre 1978. ©AFP
Portrait de l'écrivain français Georges Perec (1936-1982), pris à Paris, le 10 novembre 1978. ©AFP
Portrait de l'écrivain français Georges Perec (1936-1982), pris à Paris, le 10 novembre 1978. ©AFP
Publicité

Lits, chambres, rues, villes ou simple page blanche... quels sont les espèces d'espaces de Georges Perec ?

Avec

"Le problème n'est pas tellement de savoir comment on en est arrivé là, mais simplement de reconnaître qu'on en est arrivé là : il n'y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace tout autour de nous, il y a plein de petits bouts d'espace". Peut-on tous les approcher et les habiter ? Inventaire et mode d'emploi de l'architecture de Perec par Claude Burgelin.

Le texte du jour

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources : 

Publicité

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : « Ici, on consulte le Bottin » et « Casse-croûte à toute heure ». 

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes : 

Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.

Perec, Espèces d’Espace, in « Œuvres I », [1974], Gallimard Pléiade, 2017.

Lectures

Perec, Espèces d’Espace, in « Œuvres I », [1974], Gallimard Pléiade, 2017: présentation de l'édition originale

Perec, Espèces d’Espace, in « Œuvres I », [1974], Gallimard Pléiade, 2017: texte de fin

Perec, L’Infra-Ordinaire, Seuil, 1989.

Perec, Les Choses, 1ère partie, in « Œuvres I », [1965], Gallimard Pléiade, 2017.

Extraits

Archive Perec : Source : Atelier de Création Radiophonique, France Culture, 19 mai 1978

Archive Perec : Entretien avec Viviane Forester sur Antenne 2, « Fenêtre », 22/03/1976

Références musicales

Bernard Parmegiani, Espèces d’espace

Yeon-Hee Kwak, Collage sur Bach

Renaud, Dans mon H.L.M.

L'équipe