"Portrait de Charles Baudelaire (1827-1861) entouré de ses fantomes"
"Portrait de Charles Baudelaire (1827-1861) entouré de ses fantomes" ©AFP - Georges Antoine Rochegrosse ©Isadora/Leemage
"Portrait de Charles Baudelaire (1827-1861) entouré de ses fantomes" ©AFP - Georges Antoine Rochegrosse ©Isadora/Leemage
"Portrait de Charles Baudelaire (1827-1861) entouré de ses fantomes" ©AFP - Georges Antoine Rochegrosse ©Isadora/Leemage
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Le parfum a le pouvoir de "secouer des souvenirs dans l'air", dit Baudelaire. L'encens, le musc, le benjoin, l'encens, l'ambre… mais aussi l'odeur répugnante d'une charogne : écoutez les odeurs de Baudelaire aujourd'hui. En compagnie d'André Guyaux.

Avec
  • André Guyaux Professeur de littérature française du XIXᵉ siècle à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air. Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique. Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus beau et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine. Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur. Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes. Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco. Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.      
Charles Baudelaire, Un hémisphère dans une chevelure, 1869, dans Le Spleen de Paris, dans Œuvres complètes, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1975, p.300-301.

Lectures

  • Charles Baudelaire, Un hémisphère dans une chevelure, 1869, dans Le Spleen de Paris, dans Œuvres complètes, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade
  • Charles Baudelaire, Une Charogne, dans Les Fleurs du mal, 1857, dans Œuvres complètes, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade
  • Charles Baudelaire, Parfum exotique lu par Michel Piccoli
  • Charles Baudelaire, Le flacon lu par Denis Lavant

Références musicales

  • Serge Gainsbourg, Ce mortel ennui
  • Dvorak, Humoresque en Fa dièse Maj
  • Emmanuel Chabrier, Suite pastorale : Sous-bois

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Antoine Ravon
Collaboration
Ariane Mintz
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration