Concours de bodybuilding en France le 9 avril 1988
Concours de bodybuilding en France le 9 avril 1988 ©Getty - Patrick SICCOLI/Gamma-Rapho
Concours de bodybuilding en France le 9 avril 1988 ©Getty - Patrick SICCOLI/Gamma-Rapho
Concours de bodybuilding en France le 9 avril 1988 ©Getty - Patrick SICCOLI/Gamma-Rapho
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Le corps ne nous est pas donné dans sa pure nature, et c'est bien ce que le bodybuilding nous rappelle : de sa mollesse jusqu'à sa sculpture la plus précise, tout corps est fabriqué, travaillé. Le corps bodybuildé nous révèle des potentialités insoupçonnées, est-il alors normé ou libéré, subverti ?

Avec

Que peut penser la philosophie ?
Y a-t-il des objets plus respectables que d'autres ?
Parce qu'il n'y a pas que le temps, le bonheur ou la justice, tous les vendredis, nous donnerons la place à ce qui semble ne pas en mériter, à des objets inattendus...
Aujourd'hui : le bodybuilding.

Outrancier, démesuré, aguicheur, séducteur, viril : le corps bodybuildé ne laisse pas indifférent. Comment l’appréhender philosophiquement ?
Son nom même renvoie à un corps construit, cultivé, un corps plein d’une culture.
Mais de quelle “culture” parle le culturisme ? Culture de masse ? Production de genre ? Ces pistes, si évidentes qu’elles soient, ne risquent-elles pas de passer à côté de l’essentiel : d’une lutte entre Eros et Thanatos, le désir et la mort ? Comment le muscle lutte-t-il avec les mots ?

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L'invité du jour :

Thierry Hoquet, philosophe, professeur à l’Université Paris Nanterre
auteur de l'article Beefcake : Corps gays hystériques et érotiques, dans la revue Critique

Un corps authentique... ou pas ?

"La pratique du bodybuilding réunit tout un ensemble de contradictions. Quel est le corps naturel que l'on doit avoir ? Quel est le corps qui est acceptable ? Quel est le corps qui est recevable ? Quel est le corps qui est désirable ? Ces questions s'imposent à la philosophie et se rendent visibles dans la question du bodybuilding, parce qu'en fait, on se demande si le bodybuilder a un corps authentique ou pas, s'il a un corps utile ou pas. Dans les films comiques, on peut voir des bodybuilders qui sortent de la salle de gym mais incapables de soulever un cageot... Donc quel est le corps qui est désirable pour un individu lui-même ? Mais c'est aussi un corps qui se met en société puisqu'il est fait pour être visible, pas pour être caché derrière des vêtements. C'est un corps pour soi, mais aussi pour les autres." Thierry Hoquet

Un corps machine comme distinction de genre ?

"C'est intéressant de voir que le corps de bodybuilder d'Arnold Schwarzenegger, dans Terminator, a été recyclé en corps de machine. Ce que la chair peut faire de plus extraordinaire, on l'a décodé ou recodé en machine.Il y a derrière ce corps du bodybuilder l'idée que c'est un corps entièrement mécanisé, figé, solide. Là, on a des idéaux de représentations de masculinité, si on accepte que la distinction masculin féminin, c'est une distinction entre du solide et du fluide, par exemple. On peut dire qu'il y a tout un imaginaire qui est réinvesti ici de la différence des sexes." Thierry Hoquet

Aucun corps n'échappe aux normes

"Si on le prend vraiment au sérieux, le bodybuilder nous explique que même les corps les plus ordinaires, les plus banals, ne sont pas des corps qu'on trouve tout seul dans la nature, ce sont aussi des corps fabriqués, pourquoi pas par la mollesse, par le plaisir, mais qui sont travaillés par d'autres valeurs et par d'autres normes. Ce n'est pas vrai que le corps non bodybuildé échappe à toute normativité." Thierry Hoquet

Textes lus par François Raison :

  • Platon, Le Banquet, 180d-182a, éditions GF, traduction Luc Brisson, pages 101-102
  • Yukio Mishima, Le soleil et l’acier, 1968, éditions Folio, pages 30-31

Sons diffusés :

  • Mix de début d'émission par Laurence Malonda avec un extrait du film Vivre me tue, de Jean-Pierre Sinapi (2002) ; Vidéo coaching Alex Levand ; Concours du plus bel athlète à Montréal, dans Les Actualités Françaises (28 septembre 1950) ; extrait du film Le Magnifique, de Philippe de Broca (1973) ; archive dans Les nuits magnétiques, France Culture (17 septembre 1986) ; extrait du film Matrix, de Lana Wachowski et Lilly Wachowski ; chanson de Sheila, Bodybuilding
  • Extrait du documentaire Pumping Iron, de George Butler et Robert Fiore, 1977
  • Extrait du film Terminator, de James Cameron, 1984
  • Archive de Judith Butler, dans La suite dans les idées, France Culture, 25 mai 2005
  • Chanson de Jane Russell, Ain’t There Anyone Here For Love
  • Archive de Yukio Mishima
  • Chanson de fin : Quincy Jones, Ai No Corrida

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