Portrait de l'écrivain français Jean Genet (1910-1986), pris en septembre 1981 à Paris.
Portrait de l'écrivain français Jean Genet (1910-1986), pris en septembre 1981 à Paris.
Portrait de l'écrivain français Jean Genet (1910-1986), pris en septembre 1981 à Paris. ©AFP - AFP ARCHIVES
Portrait de l'écrivain français Jean Genet (1910-1986), pris en septembre 1981 à Paris. ©AFP - AFP ARCHIVES
Portrait de l'écrivain français Jean Genet (1910-1986), pris en septembre 1981 à Paris. ©AFP - AFP ARCHIVES
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Résumé

La littérature est un champ propre à représenter la honte, comme le montre Jean-Pierre Martin aujourd'hui.

avec :

Jean-Pierre Martin (écrivain, essayiste, membre honoraire de l’Institut universitaire de France, et professeur émérite de littérature à l’université Lyon 2).

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N'avez-vous jamais eu honte ?

Jean Genet, lui, a honte : honte d'être un paria, un voleur, un homosexuel. Mais il parvient toujours à retourner cette honte en orgueil : "Mon orgueil s'est coloré avec la pourpre de ma honte", dit-il. Quant à Lord Jim, le personnage de Conrad, il se croyait héros, il se découvre lâche : il éprouve le sentiment d'une faute dont la honte le suivra jusqu'au bout.

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Le texte du jour

« S’il a du cœur – que l’on m’entende – le coupable décide d’être celui que le crime a fait de lui. Trouver une justification lui est facile, sinon, comment vivrait-il ? Il la tire de son orgueil. (Noter l’extraordinaire pouvoir de création verbale de l’orgueil comme de la colère.) Il s’enferme dans sa honte par l’orgueil, mot qui désigne la manifestation de la plus audacieuse liberté. A l’intérieur de sa honte, dans sa propre bave, il s’enveloppe, il tisse une soie qui est son orgueil. Ce vêtement n’est pas naturel. Le coupable l’a tissé pour se protéger, et pourpre pour s’embellir. Pas d’orgueil sans culpabilité. Si l’orgueil est la plus audacieuse liberté – Lucifer ferraillant avec Dieu – si l’orgueil est le manteau merveilleux où se dresse ma culpabilité, tissé d’elle, je veux être le coupable. La culpabilité suscite la singularité (détruit la confusion) et si le coupable a le cœur dur (car il ne suffit pas d’avoir commis un crime, il faut le mériter et mériter de l’avoir commis), il le hisse sur un socle de solitude. La solitude ne m’est pas donnée, je la gagne. Je suis conduit vers elle par un souci de beauté. J’y veux me définir, délimiter mes contours, sortir de la confusion, m’ordonner.

D’être un enfant trouvé m’a valu une jeunesse et une enfance solitaires. D’être un voleur me faisait croire à la singularité du métier de voleur. J’étais, me disais-je, une exception monstrueuse. En effet, mon goût et mon activité de voleur était en relation avec mon homosexualité, sortaient d’elle qui déjà me gardait dans une solitude inhabituelle. Ma stupeur fut grande quand je m’aperçus à quel point le vol était répandu. J’étais plongé au sein de la banalité. Pour en sortir, je n’eus besoin que de me glorifier de mon destin de voleur et de le vouloir. »

Jean Genet, Journal du voleur, Folio, 1949, p.276-277

Lecture

- Joseph Conrad, Lord Jim, chapitre 14, 1900, trad. Henriette Bordenave, dans Œuvres, t.I, 1982, p.970-971

Extraits

- Archives Genet (source interview par Bertrand Poirot-Delpech, 1982, INA)

- Lord Jim, film de Richard Brooks (1965)

Références musicales

- Olivier Meston, La punition

- Arnaud Dumond, Totem

- Haino Keiji, Track 2

- Les Champions, Toi l’orgueilleux

Jean-Pierre Martin
Jean-Pierre Martin
© Radio France - MC
Références

L'équipe

Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Production
Antoine Ravon
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Livia Garrigue
Collaboration
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration