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Pourquoi la cupidité est-elle devenue une valeur ?

Avec
  • Patrick Sayer Président du Directoire d’Eurazeo, société d’investissement
  • Jean Peyrelevade Banquier d’affaire, ancien président de plusieurs entreprises publiques dont le Crédit Lyonnais.

Aujourd’hui, dans le cadre du grand colloque consacré à l’éthique et l’argent, * *a u Centre Universitaire Méditerranéen de Nice, en partenariat avec le Journal Marianne, j’ai le plaisir de recevoir **Jean PEYRELEVALDE et Patrick SAYER

Pourquoi la cupidité est-elle devenue une valeur ?

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Avant de se poser la question, peut-être faudra-t-il se demander de quoi la cupidité est-elle le nom ? Il fut un temps où l’avare était un cupide, son désir de possession était illimité, or pour nous, l’avare désigne plutôt celui qui ne dépense pas. Mais quoi qu’il en soit de cette distinction, le désir d’enrichissement, de l’excès d’enrichissement, d’accumulation d’argent, furent au cours de l’Histoire plus souvent objet de haine et de mépris, que d’admiration. Aristote voit dans la chrématistique une économie inversée et Jésus contre les marchands du temple commet le seul péché de sa vie. Pendant deux millénaires on louera la pauvreté à l’égal d’une vertu. Presque partout, le saint homme est celui qui n’a rien mais qui est tout. Le christianisme, comme l’islam, condamne le prêt à intérêt - et il faudra la Réforme calviniste pour faire sauter ce verrou idéologique qui empêchait l’ouverture des banques. Les utopies classiques ont été contre l’argent comme elles ont été contre la famille et contre la propriété privée. Au début du XIXe siècle, Charles Fourier fustigeait encore « l’art d’acheter trois francs ce qui en vaut six et de vendre six francs ce qui en vaut trois ». L’argent serait-il une figure du mal ? Marx aimait à citer ce passage de Shakespeare où le dramaturge décrit l’argent comme la valeur qui inverse toutes les autres, rendant le laid beau, juste l’injuste, vrai le faux. Qui oserait soutenir que notre modernité lui a, sur ce point, donné tort ? Jamais comme aujourd’hui la part du crime n’a été aussi grande dans l’activité humaine. La corruption est le mal spécifique de l’argent - directement contraire aux exigences éthiques de dignité et de respect. Pourtant ce tableau poussé au noir peut être effacé, et sur la place de nouveau vide pourrait être écrite une histoire tout autre. Georg Simmel disait de l’argent qu’il favorise l’entendement aux dépens de la sensibilité : en témoigne le terme de spéculation. De plus, l’argent est inséparable de cette rationalisation du politique que représente l’État, jusqu'à une date récente du moins : il constitue l’État (la perception de l’impôt, la solde des armées etc.) en même temps qu’il naît de lui (le pouvoir de frapper monnaie). À l’inverse du troc, fauteur de guerre, l’argent est un facteur de paix : grâce à lui, les conquêtes des marchés remplacent les conquêtes territoriales et les coups de téléphone se substituent aux coups de canon. Voilà pour sa défense.

Mais revenons à aujourd’hui. Car j’imagine que la question interpelle notre présent. A partir de quand la cupidité serait-elle devenue une valeur ? Ici ou ailleurs. Ce sera la question du jour…

L'équipe

Philippe Petit
Production
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Jules Salomone
Collaboration
Marianne Chassort
Collaboration
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Anne-Catherine Lochard
Collaboration