Jean Paul Sartre à Paris en janvier 1949
Jean Paul Sartre à Paris en janvier 1949 ©AFP - PIGISTE / UPI
Jean Paul Sartre à Paris en janvier 1949 ©AFP - PIGISTE / UPI
Jean Paul Sartre à Paris en janvier 1949 ©AFP - PIGISTE / UPI
Publicité

Réponse à travers deux exemples, celui de la coquette et du garçon de café.

Avec
  • Hadi Rizk professeur de philosophie en Khâgne, au lycée Henri IV (Paris).

Sommes-nous tous de mauvaise foi ? Oui, nous répond Sartre, car nous sommes précisément cet être qui n'est pas ce qu'il est, qui ne coïncide pas avec lui-même. Hadi Rizk nous explique avec clarté et passion ce qu'est le néant de Sartre et la fonction de cette fameuse mauvaise foi à travers les exemples de la coquette et du garçon de café.

Le texte du jour

Voici une femme qui s’est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l’homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu’il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n’en veut pas sentir l’urgence : elle s’attache seulement à ce qu’offre de respectueux et de discret l’attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu’on nomme « les premières approches », c’est-à-dire qu’elle ne veut pas voir les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu’il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu’on lui adresse autre chose que leur sens explicite ; si on lui dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache aux discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu’elle envisage comme des qualités objectives. L’homme qui lui parle lui semble sincère et respectueux comme la table est ronde ou carrée, comme la tenture murale est bleue ou grise. (…) Mais voici qu’on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c’est consentir de soi-même au flirt, c’est s’engager. La retirer, c’est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l’heure. Il s’agit de reculer le plus loin possible l’instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais ne s’aperçoit pas qu’elle l’abandonne. Elle ne s’en aperçoit pas parce qu’il se trouve par hasard qu’elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu’aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l’âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante – une chose. 

Publicité

Sartre, L’Être et le Néant (Gallimard, Tel, 2003). P.89-90

Lectures cette semaine: Vincent Schmitt

Extraits

Hamlet, film  de Kenneth Branagh (1997) 

Une histoire sans fin, film de Wolfgang Petersen (1984)

Archive : « Sartre par Sartre » INA 

Garçon !, film de Claude Sautet (1983)

Lecture

Sartre, L’Être et le Néant (Gallimard, Tel, 2003). P.94-95

Références musicales

BO du film Garçon !

Massenet, N’est ce plus ma main que cette main presse 

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Claire Perryman-Holt
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
David Pargamin
Collaboration