Pierre Bourdieu en 1982 ©Getty - Ulf Andersen
Pierre Bourdieu en 1982 ©Getty - Ulf Andersen
Pierre Bourdieu en 1982 ©Getty - Ulf Andersen
Publicité
Résumé

Pierre Bourdieu, mort en 2002, se pensait comme un miraculé, et aspirait à devenir le "Manet de la sociologie". Comment est-il passé de la philosophie à la sociologie ? Pourquoi a-t-il partagé l'auto-analyse de sa propre pensée ? Quelle était sa méthode sociologique ?

avec :

Jean-Louis Fabiani (sociologue, professeur à Central European University à Vienne en Autriche).

En savoir plus

En 1964, un sociologue âgé de 34 ans co-écrit un ouvrage intitulé Les héritiers. Il s'appelle Pierre Bourdieu et ce livre est la publication de ses premières enquêtes sur l'école et les pratiques culturelles.
La thèse est sans appel : la classe sociale d'un individu a une influence directe sur son parcours scolaire.
Les héritiers, ce sont ceux qui bénéficient du système de reproduction des élites au sein de l'institution scolaire qui nourrit en retour cette même reproduction. Bourdieu, lui, fait exception à cette règle, et l'enfant né dans le Béarn, diplômes prestigieux en poche, fera, à son tour, école en sociologie.
Alors, sommes-nous tous les héritiers de Bourdieu ?

L'invité du jour :

Jean-Louis Fabiani, sociologue, professeur à Central European University à Vienne en Autriche

Publicité

Bourdieu et le déterminisme social

Bourdieu a contribué plus que tout autre à la sociologie critique, à éclairer un certain nombre de choses, qui, ou bien allaient de soi, ou qui n’étaient même pas remarquées, c’est le cas des héritiers, cette dimension de l’importance de la famille et de la socialisation familiale dans le succès scolaire, évoquée par les statisticiens mais pas thématisé. La grande divergence entre ceux qui continuent de lire Bourdieu avec faveur et ceux qui le critiquent tient à cette question : Bourdieu est-il allé trop loin dans l’analyse des formes de violence symbolique, de reproduction, a-t-il exagéré dans un sens idéologique des constats par ailleurs objectifs ? C’est le débat…    
Jean-Louis Fabiani

"Je ne suis pas un universitaire heureux"

On sent chez Bourdieu cette incapacité à trouver le bonheur, dans la sociologie comme dans la philosophie. Si on regarde en sociologue objectiviste son véritable parcours, il ne s’agît pas d’un miracle social… Bourdieu a pu penser sa trajectoire sous le signe du malheur, de l’anxiété, il se sent illégitime alors que quelqu’un qui est d’origine plus basse que lui, son mentor le philosophe Georges Canguilhem, se sent tout à fait légitime et à l’aise dans l’institution. C’est là qu’est ce décalage qui est fascinant chez Bourdieu : c’est probablement parce qu’il a des ambitions qui excèdent celles de la trajectoire ordinaire de l’universitaire. C’est parce qu’il se veut plus qu’un universitaire qu’il se sent aussi étranger à l’université…  
Jean-Louis Fabiani

Textes lus par Hélène Lausseur :

  • Extrait de Science de la science et réflexivité (cours du Collège de France 2000-2001), de Pierre Bourdieu, “Conclusion”, éditions Raisons d’Agir, 2001 (avec une musique de Abstrackt Keal Agram, Echotrain)

Sons diffusés :

  • Mixage de début d'émission avec musiques de RZA, Duck seazon et Flying birds (extraite de la bande originale du film Ghost dog) et deux archives de Bourdieu, dans les émissions Le bon plaisir du 23/06/1990, et A voix nue du 01/02/1988, France Culture
  • Archive de Bourdieu, dans l'émission Le bon plaisir, 23/06/1990, France Culture
  • Archive de Bourdieu, dans l'émission A voix nue, 01/02/1988, France Culture (avec une musique de Jason Moran, Gangsterism On A Lunchtable)
  • Archive de Derrida, dans l'émission Le bon plaisir, 23/06/1990, France Culture
  • Adèle van Reeth lit un extrait de Pierre Bourdieu, De la domination masculine (1998), “Post-scriptum sur la domination et l’amour”, éditions du Seuil (avec une musique de Borut Krzisnik, Love Song No. 1)
  • Chanson de fin : Rocé, Habitus
Références

L'équipe

Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Production
Clara Degiovanni
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Manon de La Selle
Collaboration
Laurence Malonda
Réalisation
Anaïs Ysebaert
Collaboration