Une vie de souffrance et d’ennui  ©Getty - CSA Images
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Résumé

Au coeur de la philosophie de Schopenhauer, une question : quelle est l’origine du mal ? Serait-ce le corps, qui, par les besoins qu’il nous impose, serait la source première de notre souffrance ?

avec :

Christophe Bouriau (Professeur des Universités en philosophie à l'Université Lorraine, Membre des Archives Poincaré (UMR 7117) et du Laboratoire lorrain de sciences sociales Directeur du département de philosophie de Metz).

En savoir plus

Première diffusion de cette émission le 05/06/2018, et diffusion antenne inédite du Journal de la philo confiné de Géraldine Mosna-Savoye, en fin d'émission, daté du 08/04/2020, à réécouter ici :

5 min

Arthur Schopenhauer est le plus génial et le plus odieux des mal-aimés, philosophe critiqué par ceux qui le lisent et même par ceux qui l’adorent…
De 1788 à 1860, sa vie est une gigantesque provocation ironique et contradictoire : il souhaite vivre seul, isolé, mais écrit un Art d’avoir toujours raison à l’usage de ses concitoyens et déplore le silence avec lequel son ouvrage philosophique central, Le monde comme volonté et comme représentation, est accueilli. Et en effet, son éditeur l’informe plusieurs années après la publication du livre que le nombre d’exemplaires vendus est proche de 0...
On ne lui connait aucune compagne, aucun amour, hormis celui qu’il voue à son chien, et c’est pourtant à lui que l’on doit un essai sur les femmes, ainsi qu’une métaphysique de l’amour dans laquelle il présente la sexualité comme une ruse de la nature pour se reproduire… Et pourtant, sur Schopenhauer beaucoup ont leur mot à dire : est-il le chef de file des pessimistes, comme on aime à le présenter ? Le compagnon des malheureux qui se complaisent ? Le dandy du désespoir ?

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L'invité du jour :

Christophe Bouriau, professeur des Universités en philosophie à l'Université Lorraine, mmbre des Archives Poincaré et du Laboratoire lorrain de sciences sociales, et directeur du département de philosophie de Metz

La tyrannie du vouloir-vivre

Schopenhauer ne se complaît pas dans le désespoir : il constate que le mal a une consistance, qu’il existe à la fois sous la forme de la souffrance et de la guerre, du conflit, des vouloir-vivre les uns contre les autres, il voit dans le vouloir l’origine positive du mal… Sa philosophie propose des voies pour tenter d’échapper à ce vouloir-vivre, notamment l’expérience esthétique, la morale de la compassion, mais aussi certaines formes d’exercices ascétiques qui consistent à apprendre à nous libérer de nos désirs prégnants, de notre ego, de notre moi, sortir de soi à travers certaines activités pratiques ou contemplatives.        
Christophe Bouriau

Quelle est l’origine du mal ?

Schopenhauer considère que Dieu n’existe pas, et que donc, le problème du mal ne se pose pas... par contre, c’est la question du mal qui se pose : le mal existe, il a une consistance, il ne faut pas chercher à le justifier, à lui donner un sens. Je trouve son approche très pertinente par rapport à ce que j’appelle l’injustifiable : au 20ème siècle, il y a des choses qui sont injustifiables, certaines figures du mal sont radicales, il faut les reconnaître et se demander comment éviter que cela puisse recommencer. Et la question que pose Schopenhauer est celle-ci : quelle est l’origine du mal ? Et comment réduire sa force ?        
Christophe Bouriau

L'homme souffre plus que l'animal

Pour Schopenhauer, l’homme souffre plus que l’animal, d’une certaine manière, puisqu’il a non seulement des besoins biologiques mais aussi, greffés à ceux-ci, des désirs sans fin. L’homme partage avec l’animal l’instinct de conservation et l’instinct sexuel, mais pour ce dernier, dans le cas de l’homme, s’accompagne d’une multitude de désirs que Schopenhauer rattache au désir sexuel, en cela il anticipe les analyses de Freud. L'homme est tyrannisé par ses désirs qui le mettent en conflit avec les autres…        
Christophe Bouriau

Textes lus par Daniel Mesguich :

  • Extraits de l'ouvrage Le Monde comme volonté et comme représentation, d'Arthur Schopenhauer, 1819, Livre IV, § 57, Affirmation et négation de la volonté, traduction d'Auguste Burdeau, éditions puf, 1966

Sons diffusés :

  • Archive de Serge Gainsbourg, interviewé par Michel Polac, dans l'émission Les livres de ma vie, 01/10/1968
  • Chanson de Serge Gainsbourg, Ce mortel ennui 
  • Extrait du film Un air de famille, de Cédric Klapisch, 1996
  • Archive d'Albert Camus, entretien avec Jean Mogin, INA 
  • Archive de Clément Rosset, dans l'émission A voix nue, France Culture, 23/02/2006
  • Chanson de François Béranger, Le Tango de l’ennui 
Références

L'équipe

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth, directrice de France Inter
Adèle Van Reeth
Production
Claire Perryman-Holt
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
David Pargamin
Collaboration