Friedrich Nietzsche ©Getty
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Résumé

Quel rapport pour Nietzsche entre santé et philosophie?

avec :

Patrick Wotling (ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de philosophie, directeur du département de philosophie de l’Université de Reims et fondateur du Groupe International de Recherches sur Nietzsche).

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"Tout ce livre n'est qu'un besoin de jouir après une longue période de privation et d'impuissance, le tressaillement de joie des forces récupérées" La réalité est-elle une salutaire illusion? Brutus doit-il constituer un modèle d'indépendance pour le philosophe? Réponse à travers la lecture de la Préface et des deux premiers livres du Gai Savoir.

Le texte du jour

Que nous importe que Monsieur Nietzsche ait retrouvé la santé ? ... Un psychologue connaît peu de questions aussi attirantes que celle du rapport entre santé et philosophie, et au cas où il tombe lui-même malade, il entre dans sa maladie en y apportant toute sa curiosité de scientifique. On a en effet nécessairement, à supposer que l’on soit une personne, la philosophie de sa personne : mais il y a là une différence considérable. Chez l’un, ce sont les manques qui philosophent, chez l’autre, les richesses et les forces. Le premier a un besoin impérieux de sa philosophie, que ce soit comme soutien, soulagement, remède, délivrance, élévation, détachement de soi ; chez le second, elle n’est qu’un beau luxe, dans le meilleur des cas la volupté d’une reconnaissance triomphante qui doit finir par s’inscrire en majuscules cosmiques au ciel des concepts. Dans l’autre cas, plus fréquent toutefois, lorsque ce sont les états de détresse qui font de la philosophie, comme chez tous les penseurs malades — et peut-être y a-t-il une majorité de penseurs malades dans l’histoire de la philosophie — : qu’adviendra-t-il de la pensée qui se trouve soumise à la pression de la maladie ? Voilà la question qui importe pour le psychologue : et ici, l’expérimentation est possible. Exactement comme le fait un voyageur qui projette de s’éveiller à une certaine heure et s’abandonne ensuite calmement au sommeil : de même nous, philosophes, à supposer que nous tombions malades, nous nous livrons momentanément, corps et âme, à la maladie — nous fermons en quelque sorte les yeux sur nous-mêmes. Et de même que ce voyageur sait que quelque chose en lui ne dort pas, que quelque chose compte les heures, et le réveillera, de même nous savons que l’instant décisif nous trouvera éveillés, — que quelque chose surgira alors et prendra l’esprit sur le fait (…)

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Nietzsche, Le Gai Savoir, Préface à la deuxième édition, trad P. Wotling (Flammarion, 2000)

  Lectures cette semaine: Georges Claisse

Lectures 

Nietzsche, Le Gai Savoir, Préface à la deuxième édition, trad P. Wotling (Flammarion, 2000)

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre I, § 54, trad P. Wotling (Flammarion, 2000)

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre II, § 98, trad P. Wotling (Flammarion, 2000)

Extrait

Shakespeare, Jacques Dacqmine (25/11/64)

Références musicales

Wagner, Parsifal, Prélude, Acte I

Wagner, La Walkyrie

Wagner, Siegfried, Idyll

Wagner, Crépuscule des Dieux, La marche funèbre de Siegfried

Felice Taylor, It may be winter outside

 

 

Références

L'équipe

Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Production
Claire Perryman-Holt
Collaboration
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
David Pargamin
Collaboration