Paysage avec Paon, tableau de Gauguin  ©AFP -  JOSSE / LEEMAGE
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Résumé

Les philosophes, les amoureux: véritables aventuriers?

avec :

Laure Barillas (enseignante-chercheuse en philosophie à l’université de Strasbourg et auteure d’une thèse sur la pensée de Jankélévitch).

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Pour Vladimir Jankélévitch, l’aventure, l’ennui et le sérieux sont donc trois manières différentes de disposer du temps. Laure Barillas nous initie à cette pensée toujours en tension, toujours sur le fil, pour laquelle l'aventure suprême est l'aventure amoureuse...

Le texte du jour

L’Aventure, l’Ennui et le Sérieux sont trois manières dissemblables de considérer le temps. Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l’aventure, c’est le surgissement de l’avenir. L’ennui, par contre, est vécu plutôt au présent : certes l’ennui se réduit souvent à la crainte de s’ennuyer, et cette appréhension, qui fait tout notre ennui, est incontestablement braquée vers le futur ; néanmoins le temps privilégié de l’ennui est bien ce présent de l’expectative qu’un avenir trop éloigné, trop impatiemment attendu a vidé par avance de toute sa valeur : dans cette maladie l’avenir déprécie rétroactivement l’heure présente, alors qu’il devrait l’éclairer de sa lumière. Quant au sérieux, il est une certaine façon raisonnable et générale non pas de vivre le temps, mais de l’envisager dans son ensemble, de prendre en considération la plus longue durée possible. C’est assez dire que si l’aventure se place surtout au point de vue de l’instant, l’ennui et le sérieux considèrent le devenir surtout comme intervalle : c’est le commencement qui est aventureux, mais c’est la continuation qui est, selon les cas, sérieuse ou ennuyeuse. Il s’ensuit naturellement que l’aventure n’est jamais « sérieuse » et qu’elle est à fortiori recherchée comme un antidote de l’ennui. Dans le désert informe, dans l’éternité boursouflée de l’ennui, l’aventure circonscrit ses oasis enchantées et ses jardins clos ; mais elle oppose aussi à la durée totale du sérieux le principe de l’instant. Redevenir sérieux, n’est-ce pas quitter pour la prose amorphe de la vie quotidienne ces épisodes intenses, ces condensations de durée qui forment le laps de temps aventureux ?

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Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, [1963] Présentation par Laure Barillas, Pierre-Alban Guinfolleau et Frédéric Worms, Champs Essai, 2017. P.7

Extraits

  • Archive : Jankélévitch sur l’Aventure (émission « Tribune Libre », sur FR3, 17/04/1978)
  • L’aventure c’est l’aventure, Film de Claude Lelouche, (1972)
  • Archive :Jankélévitch sur temps irréversible : il y a un début et une fin (émission « Le temps et ses détours », France Culture (06/12/1971)
  • Le goût des autres, film d’Agnès Jaoui (2000)

Références musicales

  • Johnny Hallyday, L’aventure c’est l’aventure
  • Debussy, La boîte à joujoux
  • Rafael Anton Irisarri, Selection Och natten andad
  • Loscil, Anthropocène
Références

L'équipe

Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Adèle Van Reeth
Production
Géraldine Mosna-Savoye
Production déléguée
Nicolas Berger
Réalisation
Olivier Bétard
Réalisation