Georges Perec dédicace son roman "Les Choses ", pour lequel il a reçu le Prix Renaudot, le 22/11/1965
Georges Perec dédicace son roman "Les Choses ", pour lequel il a reçu le Prix Renaudot, le 22/11/1965
Georges Perec dédicace son roman "Les Choses ", pour lequel il a reçu le Prix Renaudot, le 22/11/1965 - UPI - AFP
Georges Perec dédicace son roman "Les Choses ", pour lequel il a reçu le Prix Renaudot, le 22/11/1965 - UPI - AFP
Georges Perec dédicace son roman "Les Choses ", pour lequel il a reçu le Prix Renaudot, le 22/11/1965 - UPI - AFP
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Résumé

De quelle façon la pensée d'un catalogue peut-elle modeler l'esprit du lecteur? Le philologue, William Marx, montre comment l'écrivain, Georges Perec a pu trouver une voie médiane entre le catalogue sentimental et mémoriel et le catalogage bibliothécaire, qui correspondait à sa vie professionnelle.

avec :

William Marx (Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire "littératures comparées". Ecrivain français, essayiste, critique et historien de la littérature.).

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Normalien, agrégé de lettres classiques, ayant vécu au Japon, à Kyoto, William Marx, titulaire de la chaire de "Littératures comparées". Nous voici aujourd’hui à mi parcours de sa grande enquête sur "bibliothèques invisibles".  Dans la présentation de sa série, le philologue historien de la littérature souligne :

"Il y a les bibliothèques visibles, les bibliothèques matérielles, constituées d’étagères et de livres parmi lesquels il est possible de circuler physiquement. Et puis il y a les bibliothèques invisibles ou immatérielles (…) parce qu’elles sont mentales, ou bien cachées, ou bien perdues, ou parce qu’elles n’existent pas encore". 

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Dans son cours d’introduction, il a indiqué que "La bibliothèque désigne ici toute collection de textes et repose sur une distinction fondamentale entre la notion de texte et celle d’œuvre." William Marx aime citer la formule de Paul Valéry : "L’œuvre de l’esprit n’existe qu’en acte". Et le philologue commente ainsi cette formule : "C’est la lecture qui fait vivre les textes, et dans la culture occidentale il y a un lien très fort entre les bibliothèques invisibles et les bibliothèques matérielles". "Les bibliothèques matérielles ne suppriment pas les bibliothèques mentales ; elles n’en constituent que le support. Les bibliothèques invisibles nous renvoient aux fondements mêmes de notre culture", précise William Marx. 

Quels sont les mystères qui s'accomplissent lors de la consultation du catalogue d'une bibliothèque ? 

Dans le cours précédent, le philologue a ouvert la passionnante et "métaphysique" question "Comment classer une bibliothèque ?"

Août 1987, Jim Maclnnes consulte le catalogue informatisé de la bibliothèque publique de Denver, tandis que Judy Abarbanel utilise l'ancien catalogue matériel.
Août 1987, Jim Maclnnes consulte le catalogue informatisé de la bibliothèque publique de Denver, tandis que Judy Abarbanel utilise l'ancien catalogue matériel.
© Getty - Le Denver Post (Denver Post via Getty Images)

Notant que "Cette question, en apparence triviale, ne se pose pas seulement aux possesseurs de grandes bibliothèques ; elle concerne aussi tous ceux qui ont déjà quelques dizaines de livres", il a cité le critique italien Roberto Calasso

"Selon lui, rapporte William Marx, le classement d’une bibliothèque est avant tout une question métaphysique et doit être nécessairement pluriel, car l’ordre idéal n’existe pas (particulièrement, à cause de l’entropie). Dans le classement, la règle d’or – édictée par Aby Warburg – est celle du bon voisin. De ce point de vue, la bibliothèque matérielle a une plus-value par rapport à la bibliothèque électronique, une plus-value liée à l’organisation de la bibliothèque dans l’espace, car cette organisation crée des relations entre les livres."

"Le classement est l’acte fondateur de toute pensée, rappelle William Marx. Dans 'Penser/Classer',  Perec a trouvé une voie médiane entre le catalogue sentimental et  mémoriel et le catalogage bibliothécaire, qui correspondait à sa vie  professionnelle. Faute de pouvoir ranger correctement les livres, Perec  envisage de les classer selon leur capacité plus ou moins grande à être  rangés, selon une sorte de mise en abyme vertigineuse de la  bibliothèque. Au terme de ce processus, on retrouve l’inclassable  à proprement parler, le résidu irréductible. On retrouve chez Perec une  aporie fondamentale de tout projet de classement, entre « l’illusion de  l’achevé » et le « vertige de l’insaisissable".

Avec l’arrivée du catalogue numérique dans les bibliothèques comment l’épreuve initiatique de l’entrée en bibliothèque a-t-elle pu se perdre ? De quelle façon la pensée du classement s’exprime-t-elle ? Et pourquoi se pose la grande question "classer ou ne pas classer?" 

Nous gagnons le Collège de France, le 9 mars 2021 pour le cours de William Marx, aujourd’hui "À quoi pensent les catalogues ?"

Pour prolonger

Sa leçon inaugurale, intitulée « Vivre dans la bibliothèque du monde » est publiée chez Fayard et sa première série de cours à fait l’objet en 2021 d’un bel essai, intitulé « Des Étoiles nouvelles. Quand la littérature découvre le monde », aux Éditions de Minuit

Tous les mardis à 16H30, il donne ses cours en public au Collège de France. Vous pourrez y découvrir sa nouvelle série "A la Recherche des oeuvres perdues".