Le rapt d'Europe, sur le taureau. "Sagas grecques éditées pour la jeunesse". Berlin : Verlag von Neufeld & Henius, 1902
Le rapt d'Europe, sur le taureau. "Sagas grecques éditées pour la jeunesse". Berlin : Verlag von Neufeld & Henius, 1902
Le rapt d'Europe, sur le taureau. "Sagas grecques éditées pour la jeunesse". Berlin : Verlag von Neufeld & Henius, 1902 - Verlag von Neufeld & Henius / Wikicommons
Le rapt d'Europe, sur le taureau. "Sagas grecques éditées pour la jeunesse". Berlin : Verlag von Neufeld & Henius, 1902 - Verlag von Neufeld & Henius / Wikicommons
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Résumé

Que veut dire l’enlèvement, sinon "le transport", de la princesse Europe, de la Phénicie vers Gortyne, en Crète, pour fonder un continent nouveau, dans le mythe grec? L'écrivain Alberto Manguel analyse "comment un mythe récupéré peut devenir la métaphore d’une identité".

avec :

Alberto Manguel (écrivain, directeur artistique du festival Atlantide).

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Nouvelle diffusion du 22/10/2021

Qui est Cadmos, l'un des frères d’Europa et le fondateur légendaire  de la cité de Thèbes, qui serait à l’origine de la culture? Enfin de  quelle façon le contenu des mythes, liés au rapt, sinon le viol  d’Europa, peuvent-ils "constituer la pierre de touche qui prête aux  peuples de l’Europe une identité commune intuitive"? Demande Alberto Manguel, titulaire de la chaire  annuelle "L'invention de l'Europe par les langues et les cultures". 

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Cette chaire qu’il a inaugurée au Collège de France, le 30 septembre  2021, a été créée en partenariat avec le Ministère de la Culture, "afin  d’analyser les enjeux contemporains de la création intellectuelle et  artistique en Europe".  Dans sa leçon inaugurale, à partir du mythe de l’enlèvement d’Europa  par le dieu grec Zeus, et ses différentes relectures, Alberto Manguel  propose d’analyser "comment un récit devient un mythe et comment un  mythe récupéré devient la métaphore d’une identité", alors, même, que le  concept d’Europe est "instable", ne cessant de bouger "dans sa  géographie, sa démographie, sa politique".  Dans la présentation de sa leçon inaugurale, Alberto Manguel rappelle : 

"Au commencement, il y a le mythe. Zeus s’éprit d’Europa, la fille du  roi africain Agénor, et, métamorphosé en taureau, l’emporta en Crète où  elle lui donna deux fils. Agénor envoya les deux frères d’Europa à sa  poursuite, leur interdisant de réapparaître chez lui sans l’avoir  retrouvée. Ils ne revinrent jamais. Le mythe est, au sens essentiel, un  déplacement, une métaphore, une traduction, une « parole » (Barthes) qui  signifie : « emporté d’un lieu à un autre »." 

L'écrivain note : 

"Les mythes sont transformés, altérés, renouvelés pour correspondre  aux besoins d’un temps et d’un lieu. Mais ils restent eux-mêmes pour  l’essentiel, car ils ne sont pas créés en tant que fabrications de  l’imagination humaine, mais (sans vouloir tomber dans un universalisme  facile) comme des manifestations concrètes de certaines intuitions  primordiales. Au Moyen Âge, Lactantius proposa de banaliser le mythe  grec en prétendant que le taureau était simplement le nom d’un bateau.  Mais le mythe perdura et en fit lever d’autres dérivés de l’histoire  initiale : mythes de souveraineté (Europa, une princesse), de féminité  (la bien-aimée de Zeus), de prééminence culturelle (ses frères envoyés à  sa recherche) et aussi, plus mystérieusement, d’immigration et  d’établissement (Europa, une résidente étrangère). Le contenu de ces  mythes constitue peut-être la pierre de touche qui prête aux peuples de  l’Europe une identité commune intuitive". 

Titien (1559-1562), "Le Viol d'Europe"
Titien (1559-1562), "Le Viol d'Europe"
- Isabella Stewart Gardner Museum/Wikicommons

Où en sommes-nous au XXIe siècle, dans notre lecture du mythe et de  l’usage que nous en faisons en tant que métaphore? Demande-t-il. Alors  que la « langue de l’Europe, c’est la traduction » selon la  formule d’Umberto Eco, l’écrivain-essayiste, polyglotte, né à Buenos  Aires, qui réside aujourd’hui à Lisbonne, après avoir vécu sur plusieurs  continents, s’interroge sur la façon dont la notion de traduction  pourrait expliquer en partie le processus.  Macha Séry rappelle avec justesse, pour le journal Le Monde, en 2007, qu’Albero Manguel tient « la lecture pour un acte de subversion ».  

« Davantage qu'un théoricien, écrit le journaliste, Alberto Manguel,  essayiste et traducteur, romancier et éditeur, se considère comme un  questionneur du livre, cet objet et ce lieu de connaissances et  d'émotions où l'on se rassemble, où l'on se ressemble ».  

Nous gagnons le Collège de France, le 30 septembre 2021 pour la leçon inaugurale d’Alberto Manguel, intitulée « Europa : le mythe comme métaphore » 

Pour prolonger : 

"Toute langue a besoin de mythes, de métaphores et d'images". Entretien avec Alberto Manguel, site du Collège de France

Parmi ses nombreux livres, rappelons :