Manuscrit chrétien, arménien, illustré, montrant le prophète hébreu Moïse recevant les commandements (XIII ème siècle)
Manuscrit chrétien, arménien, illustré, montrant le prophète hébreu Moïse recevant les commandements (XIII ème siècle) ©Getty - Photo by: Universal History Archive/Universal Images Group via Getty Images
Manuscrit chrétien, arménien, illustré, montrant le prophète hébreu Moïse recevant les commandements (XIII ème siècle) ©Getty - Photo by: Universal History Archive/Universal Images Group via Getty Images
Manuscrit chrétien, arménien, illustré, montrant le prophète hébreu Moïse recevant les commandements (XIII ème siècle) ©Getty - Photo by: Universal History Archive/Universal Images Group via Getty Images
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Qu’est-ce qu’un canon et que pouvons-nous apprendre du moment de son officialisation? William Marx analyse de quelle façon un texte canonique, Shakespeare dans le monde anglophone, La Fontaine ou Molière en France, peut être précisément celui qui va permettre une communication entre les générations.

Avec
  • William Marx Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire "littératures comparées". Ecrivain français, essayiste, critique et historien de la littérature.

Normalien, agrégé de lettres classiques William Marx est titulaire de la chaire de " Littératures comparées". Nous voici au terme de son enquête autour des bibliothèques invisibles, où bibliothèques matérielles et mentales sont étroitement liées.

Le cours précédent s’est achevé sur "L’exclusion d’Ovide des collections des bibliothèques publiques, qui, au moins sous la fin du règne d’Auguste et sous Tibère, définit un espace exemplaire, où même ce qui reste en dehors de la bibliothèque, l’œuvre d’Ovide, sert d’exemple frappant pour tout un chacun", avait souligné William Marx. "L’en-dehors de la bibliothèque, poursuit le philologue, c’est le territoire du malheur, dévolu à la voix malheureuse du poète,  et cet en-dehors n’est pas moins signifiant que l’en-dedans. On pourrait nommer cet en-dehors de la bibliothèque la bibliothèque invisible des exclus, et l’existence de cette bibliothèque invisible est peut-être la vraie raison, fondamentale, de l’existence de bibliothèques matérielles : l’en-dedans sert à définir un en-dehors."

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Il analyse aujourd’hui comment la canonisation, le canon, peut être "justement ce qui permet de passer par-dessus l’épreuve de la mort et de l’oubli, qui l’accompagne irrémédiablement."

En juin 2020, Lorraine Rossignol, s’est demandée pour le magazine Télérama, si La bibliothèque idéale existait. "Avec la question de la sélection, note-t-elle, se pose celle de la formation des esprits". "Quelles cohortes de livres ignorés, proscrits, jugés trop fantaisistes, trop transgressifs, ou trop 'mauvais_', au regard de certains critères d’appréciation circonstanciés, ont ainsi échappé aux radars de l’Histoire ?_ » demande la journaliste. Elle note que William Marx "reste inconsolable de l’engloutissement de ces bibliothèques invisibles". 

Lorraine Rossignol explique que le philologue "se demande à quoi pouvaient bien ressembler les centaines de tragédies grecques qui, aux temps de l’Empire romain, furent ainsi écartées des canons officiels : sur quatre-vingt-dix pièces d’Eschyle, sept seulement nous sont parvenues. Sur quatre-vingts d’Euripide, dix-huit. Sur cent vingt de Sophocle, sept ! Une hécatombe.

Et William Marx de souligner :

"Et cela en partie à cause de ce besoin d’établir un 'ordre idéal' des livres. Il s’agit sûrement d’un mal nécessaire : il faut bien que des œuvres fassent patrimoine commun, pour la cohésion de nos sociétés. Mais mon travail de chercheur consiste à le détruire. Parce qu’il engage les générations futures. Comment savoir ce qui aurait pu leur être utile ? "

La contradiction de la canonisation

Quelle est la faute originelle de la canonisation et la contradiction où elle se tord ? demande William Marx. Son analyse autour du canon et de l'oubli s'appuie, en ouverture de cours, sur "une lecture d’un passage du livre de Néhémie, au chapitre 8,  rapportant la lecture du livre de la Loi de Moïse par Esdras à la porte  des Eaux, à Jérusalem, en 458 ou 398 avant notre ère". 

"Nous pouvons nous  intéresser de plus près, souligne William Marx, à un moment qui souvent est passé sous silence  dans les traditions religieuses : le moment de la canonisation, le  moment d’inauguration et d’officialisation d’un canon."

Nous gagnons le Collège de France, le 13 avril 2021 pour le cours de William Marx, aujourd’hui "Le canon et l'oubli".

Pour prolonger

  • La leçon inaugurale de William Marx, initulée « Vivre dans la  bibliothèque du monde » est publiée chez Fayard et sa première série de  cours à fait l’objet en 2021 d’un bel essai, intitulé « Des Etoiles  nouvelles. Quand la littérature découvre le monde », aux Editions de Minuit.

Références du générique de fin : Reprise de Claude Debussy, "Prélude à l'après-midi d'un faune", par Isao Tomita, extrait de l'album, "Firebird" (Label RCA)