Le cas Bernabò, 3e volet, le festin de la tyrannie : épisode 12/1 du podcast Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

Bernabò Visconti (détail de l'oeuvre d'Andrea di Bonaiuto, 14e siècle)/Armoiries des Visconti dont la devise est : "D'argent au serpent en pal ondoyant d'azur engloutissant un maure de carnation."
Bernabò Visconti (détail de l'oeuvre d'Andrea di Bonaiuto, 14e siècle)/Armoiries des Visconti dont la devise est : "D'argent au serpent en pal ondoyant d'azur engloutissant un maure de carnation." - Wikicommons/Bonaiuto/Flanker
Bernabò Visconti (détail de l'oeuvre d'Andrea di Bonaiuto, 14e siècle)/Armoiries des Visconti dont la devise est : "D'argent au serpent en pal ondoyant d'azur engloutissant un maure de carnation." - Wikicommons/Bonaiuto/Flanker
Bernabò Visconti (détail de l'oeuvre d'Andrea di Bonaiuto, 14e siècle)/Armoiries des Visconti dont la devise est : "D'argent au serpent en pal ondoyant d'azur engloutissant un maure de carnation." - Wikicommons/Bonaiuto/Flanker
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Comment la tradition médiévale fait-elle du banquet princier une scène du pouvoir? Bernabò Visconti, personnage de la novellistica toscane, incarne-t-il "l’imposé de la seigneurie"? demande Patrick Boucheron. Comment s’articulent la tyrannie équitable, la cruauté et l’exercice du pouvoir judiciaire?

Avec
  • Patrick Boucheron Historien, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe-XVIe siècle)

Comment le "projet de la novellistica est-il radicalement politique" ? s’interroge le médiéviste, qui met en avant le caractère "pleinement littéraire du genre, la littérature ayant en charge d’exprimer l’insupportable vérité du pouvoir tout en la voilant d’atours fictionnels"? Comment les humanistes florentins ont-ils réussi au début du XVe siècle à universaliser la notion complexe de libertas en une « florentina libertas », une liberté d’Italie s’imposant à tous et s’opposant en tout à la tyrannie des Milanais? 

Patrick Boucheron, titulaire de la chaire  Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, nous entraîne depuis 2017 dans une grande exploration autour des fictions politiques. La série de cette année s’est attachée à l’Italie médiévale et urbaine et aux nouvelles toscanes, depuis Boccace. Nous voici arrivés au 3e volet consacré au

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"destin fictionnel de Bernabò Visconti, seigneur de Milan de 1354 à 1385, qui devient, de son vivant même, explique Patrick Boucheron, un personnage de novelle, inquiétant et grotesque qui se maintient comme tel un siècle durant, au fur et à mesure du développement du genre. Il devient alors ce tyran attirant qui, par son rôle de beffatore ne cesse de créer des surprises et de susciter le rire."

Mais quelle est la nature de ce rire? ne cesse de questionner l’historien. Aujourd’hui, analysant la radicalité politique de la novellistica, Patrick Boucheron note  :

"Parce qu’elle est toute puissante, la volonté tyrannique ne peut être qu’incompréhensible — et c’est bien ce sentiment tragique de l’absurdité d’un pouvoir absolu que les nouvellistes toscans cherchent à rendre comique. Ce rire est libérateur sans doute, mais il contribue paradoxalement à acclimater le lecteur aux horreurs de la violence d’État en l’inscrivant dans un horizon narratif familier."

Patrick Boucheron nous propose de suivre le motif littéraire de Bernabò Visconti, en justicier. Comment s’articulent la tyrannie équitable, la cruauté et l’exercice du pouvoir judiciaire? Pourquoi faut-il toujours « surprendre et effrayer? » Bernabò peut ainsi récompenser celui qui l’a insulté, mais aussi se venger de celui qui lui veut du bien. Ainsi "chacun est-il placé sur le fil du rasoir de son arbitrium", souligne l’historien.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 20 mars 2018 pour le cours de Patrick Boucheron, aujourd’hui « Le cas Bernabò, 3e volet, le festin de la tyrannie »

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