Edhem Eldem analyse les textes publiés au moment des Tanzimat et les débats sur ce qui a pu inspirer le document ou justifier le décret du 3 nov. 1830. Il présente ici une copie enregistrée par la bureaucratie le 4 janvier 1840
Edhem Eldem analyse les textes publiés au moment des Tanzimat et les débats sur ce qui a pu inspirer le document ou justifier le décret du 3 nov. 1830. Il présente ici une copie enregistrée par la bureaucratie le 4 janvier 1840
Edhem Eldem analyse les textes publiés au moment des Tanzimat et les débats sur ce qui a pu inspirer le document ou justifier le décret du 3 nov. 1830. Il présente ici une copie enregistrée par la bureaucratie le 4 janvier 1840 - E. Eldem / Collège de France
Edhem Eldem analyse les textes publiés au moment des Tanzimat et les débats sur ce qui a pu inspirer le document ou justifier le décret du 3 nov. 1830. Il présente ici une copie enregistrée par la bureaucratie le 4 janvier 1840 - E. Eldem / Collège de France
Edhem Eldem analyse les textes publiés au moment des Tanzimat et les débats sur ce qui a pu inspirer le document ou justifier le décret du 3 nov. 1830. Il présente ici une copie enregistrée par la bureaucratie le 4 janvier 1840 - E. Eldem / Collège de France
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Résumé

De quelle façon le tournant du décret des Tanzimat, en 1839, s’inscrit-il dans l’historiographie de la modernité ottomane, puis turque ? demande Edhem Eldem. Quels sont les points importants à retenir, le texte, posant les jalons d’un programme radical de réformes, pour moderniser l’Empire ottoman?

avec :

Edhem Eldem (professeur d'histoire à l'Université de Bogaziçi à Istanbul, titulaire de la chaire internationale d'histoire turque et ottomane au Collège de France).

En savoir plus

Titulaire de la chaire internationale d'Histoire turque et ottomane au Collège de France, Professeur à l’université anglophone de Boğaziçi, Edhem Eldem poursuit sa grande enquête pluriannuelle sur « L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident ». Cette semaine, il s’attache au moment fondateur des Tanzimat et plus particulièrement aux années 1839-1856. Après nous avoir proposé,  dans le cours précédent, une explication lexicale et sémantique, au plus près du texte, l’historien revient, aujourd’hui, sur le contenu essentiel du décret des Tanzimat, —- texte, qui a été « pensé et rédigé à la fois en turc et en français ».

Dans sa leçon inaugurale, Edhem Eldem rappelle

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« si le document se référait essentiellement à des questions de réorganisation de l’État, en des termes qui soulignaient la continuité plutôt que l’innovation, la rhétorique était tout à fait nouvelle en ce qu’elle justifiait cette réorganisation par des arguments presque physiocratiques reposant sur une terminologie sans précédent : liberté, nation, patrie, patriotisme... L’aspect le plus surprenant du texte concernait la promesse qui était faite de garantir les biens, l’honneur et la vie de tous les sujets, qu’ils fussent ‘musulmans ou de toute autre nation’. Ce fut un timide pas dans la direction de la reconnaissance d’une forme d’égalité entre les sujets, ainsi que le suggérait l’usage, uniquement dans la version française, du terme citoyen » 

Cela posé, Edhem Eldem note :

« C’était en grande partie un vœu pieux ; il en fallait bien plus pour ébranler et remettre en question l’ordre du monde, qui régissait une société plurielle à l’ancienne, dont la stabilité reposait en grande partie sur une équitable inégalité. Toutefois, il est indéniable que l’élite profita grandement de ces dispositions pour se constituer en classe dirigeante à l’abri des vicissitudes et des risques politiques qui avaient freiné et menacé l’autonomie de leurs prédécesseurs, particulièrement sous le règne précédent du très autoritaire Mahmud II ».

Edhem Eldem revient également aujourd’hui sur le débat autour des inspirations du texte, — un courant privilégiant l’influence de la philosophie et de la gouvernance occidentales, l’influence des Lumières, du fait notamment de la pâte de l’un des plus éminents architectes du décret, Moustapha Réchid Pacha, tandis que le 2e courant y voit l’inspiration de l’Islam, du Coran avec l’influence de certaines confréries religieuses, notamment la confrérie nakşibendiye.

Alors comment la notion d’amour de la patrie fait-elle son entrée dans le vocabulaire politique de la Sublime Porte et quel serait le premier pas vers celle de citoyen ?

Nous gagnons le Collège de France le 31 janvier 2020, pour le cours d’Edhem Eldem, aujourd’hui « Le décret des Tanzimat : mode d’emploi »