Recherches sur l’ADN : pour la Cours Suprême aux Etats-Unis, l'ADN humain naturel ne peut pas être breveté, contrairement à l'ADN complémentaire, créé en labo. ©Getty - Janiecbros / via Getty
Recherches sur l’ADN : pour la Cours Suprême aux Etats-Unis, l'ADN humain naturel ne peut pas être breveté, contrairement à l'ADN complémentaire, créé en labo. ©Getty - Janiecbros / via Getty
Recherches sur l’ADN : pour la Cours Suprême aux Etats-Unis, l'ADN humain naturel ne peut pas être breveté, contrairement à l'ADN complémentaire, créé en labo. ©Getty - Janiecbros / via Getty
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Résumé

Face aux défis posés à la fois par les enjeux écologiques et les effets de la révolution numérique, quel peut être l’horizon du travail au XXIe siècle? Le juriste Alain Supiot invite à penser ce que pourraient être "les germes d'un régime de travail réellement humain", dans sa leçon de clôture.

avec :

Alain Supiot (Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France).

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Nouvelle diffusion du 20 décembre 2021

Qu’est-ce que la fiction du “travail-marchandise” et quel est le mirage de l’ordre spontané du marché? De quelle façon les travailleurs sont-ils à l’oeuvre et ont-ils besoin plus que jamais de sens?

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Fondateur de l’Institut d’Etudes Avancées de NantesAlain Supiot, professeur émérite au Collège de France, a été titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités, entre 2012 et 2019. Il a été membre, de 2016 à 2018, de la Commission mondiale sur l’avenir du travail. Ses travaux se sont principalement déployés sur deux terrains complémentaires : le droit social et la théorie du droit.

Quelques semaines avant sa leçon de clôture, en 2019, Antoine Reverchon a fait un beau portrait d’Alain Supiot pour le journal Le Monde. Il évoque le "brillant élève, fils d’une famille de charpentiers, de marins et d’instituteurs", qui a fait ses études à la faculté de droit de Bordeaux. — rappelons que Bordeaux est la ville de Montaigne et de Montesquieu.

"Titulaire d’une licence de sociologie, rappelle Antoine Reverchon, Alain Supiot, rédige une thèse sur la justice du travail, en 1979, qui détonne : elle ne se contente pas de l’habituelle exégèse des procédures, elle analyse aussi les stratégies juridiques des acteurs sociaux." Le journaliste souligne de quelle façon Alain Supiot s’ouvre et se "confronte" aux autres disciplines, "l’anthropologie avec André Leroi-Gourhan ou la philosophie avec Simone Weil". Il fait également des "rencontres marquantes, l’historien du droit et psychanalyste Pierre Legendre, l’anthropologue Jean-Pierre Vernant, le syndicaliste Bruno Trentin".

Antoine Reverchon note également qu'Alain Supiot "développe une réflexion sur la nature du droit comme 'clé de voûte' de la société occidentaleLe 'règne de la loi', explique Alain Supiot, _fixe des principes supérieurs imaginaires auxquels chacun doit accorder créance pour '_faire société', mais aussi 'viser une société meilleure'." "La loi permet de limiter le pouvoir du plus fort." rappelle encore Alain Supiot. C’est cette approche sensible, au plus près des hommes, de l'histoire et du droit du travail, face aux enjeux de nos sociétés, que nous retrouvons dans la leçon de clôture d’Alain Supiot.

Faire place à la liberté et la créativité humaines

Dans une belle et récente préface aux Lettres persanes de Montesquieu, Alain Supiot rappelle la rupture que représente l'Esprit des lois, le texte fondateur du juriste, publié en 1748_._

"En considérant les lois comme l’un des modes d’inscription de l’espèce humaine dans la diversité de ses milieux vitaux, Montesquieu, note Alain Supiot, recon­naissait la fonction anthropologique du droit, ouvrant la voie à ce qu’on pourrait appeler son analyse écologique ». "Les causes décrites par Montesquieu, souligne encore Alain Supiot n’ont rien de mécanique et laissent place à la liberté humaine". Et c’est bien notre liberté humaine qui est au coeur de la leçon de clôture d’Alain Supiot.

En ce début de XXIe siècle, le juriste explique que “Face à la faillite morale, sociale, écologique et financière du néolibéralisme, l’horizon du travail est celui de son émancipation du règne exclusif de la marchandise. La voie de l’avenir n’est pas d’asservir le travail des hommes à des machines supposées intelligentes, mais de stimuler et de coordonner leurs capacités inventives et organisatrices, autrement dit de leur accorder une liberté dans le travail".

"Quelle que soit leur position hiérarchique, poursuit Alain Supiot, ils doivent avoir individuellement ou collectivement leur mot à dire sur ce qu’ils font et la façon dont ils le font. Dès lors qu’on admet que nos nouveaux outils peuvent et doivent conduire à libérer les capacités d’intelligence de ceux qui les utilisent, le pouvoir dans l’entreprise doit laisser place à l’autorité, c’est-à-dire à un mode d’organisation hiérarchique où le dirigeant est lui-même comptable de la réalisation d’une œuvre collective, dont l’argent n’est qu’un moyen parmi d’autres de réalisation. Pour que des masses humaines entières ne soient pas reléguées dans un 'en deçà de l’emploi', le droit du travail doit ainsi s’ouvrir à un 'au-delà de l’emploi'. La fiction du travail-marchandise, qui fait de l’œuvre un simple moyen au service d’objectifs financiers, n’est écologiquement plus soutenable à l’échelle de la planète. Elle doit céder la place à un statut du travail qui combine liberté, sécurité et responsabilité."

Remettant au cœur de sa réflexion, la notion de "faire œuvre", Alain Supiot indique : les travailleurs comme les chefs d’entreprise “pour “certains d’entre eux se sont récemment engagés pour que la notion de 'raison d’être de l’entreprise' soit timidement introduite en droit commercial. Et toutes les enquêtes montrent que nombre d’entre eux ne sont pas seulement motivés par le montant de leur salaire net ou de leur bas de bilan, mais aussi par ce que Maurice Hauriou nommait, dans sa théorie de l’institution, une 'idée d’œuvre'. L_es entreprises durablement prospères sont du reste celles ayant une_ 'raison d’être', en laquelle ils peuvent se reconnaître car c’est elle qui confère à leur travail un sens. Il faut en effet que ce sens soit clairement perçu par ceux qui y travaillent pour qu’une œuvre soit réussie.”

En savoir plus : Théories juridiques de l'entreprise (suite)

Dans la dernière partie de sa leçon de clôture, Alain Supiot se demande quels sont "les enseignements du travail créateur des savants sur les conditions les plus propres à mettre les machines au service de l'inventivité humaine et à contribuer le mieux au bien être commun" ?

Nous gagnons le Collège de France, le 22 mai 2019, pour la leçon de clôture d’Alain Supiot, intitulée "Le travail n’est pas une marchandise. Contenu et sens du travail au XXIe siècle".

Cette leçon a été présentée à l’issue de sa série intitulée "Le travail au XXIᵉ siècle : Droit, techniques, écoumène"

En savoir plus : Comment achever une oeuvre? (suite) - Introduction (1re partie)

Pour prolonger :

Aux Rendez-vous de l'histoire de Blois , en 2021, Alain Supiot a donné une belle conférence et réaffirmé, comme dans sa leçon de clôture : " Nous devons créer un monde du travail respectueux de l’homme et de la nature où les travailleurs ont leur mot à dire".

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