Montaigne ou les “promenades à travers des problèmes"

1934, inauguration de la statue de Montaigne : photographie de presse/ Agence Meurisse
1934, inauguration de la statue de Montaigne : photographie de presse/ Agence Meurisse  - Agence de presse Meurisse/ Bnf Gallica
1934, inauguration de la statue de Montaigne : photographie de presse/ Agence Meurisse - Agence de presse Meurisse/ Bnf Gallica
1934, inauguration de la statue de Montaigne : photographie de presse/ Agence Meurisse - Agence de presse Meurisse/ Bnf Gallica
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Ecrire sur la vie permet-il de vivre bien, de méditer ? Montaigne est contemporain de l'apparition du moi moderne. Pour Antoine Compagnon, "le grand intérêt des "Essais", c'est qu'ils ne proposent pas de solutions toutes faites. Il s'agit de promenades à travers des problèmes..."

Avec
  • Antoine Compagnon Professeur au Collège de France depuis 2006, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine

Rediffusion du 30 août 2016 

« Le récit de vie est-il vraiment indispensable pour vivre bien ? »

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c’est Antoine Compagnon qui pose la question avec malice dans son cours d’ouverture du 5 janvier 2010, "Ecrire la vie II", notant le succès de l’opinion courante qui prône les vertus thérapeutiques des écrits personnels, en ce début du XXIe siècle. Les mentalités évoluent. Dans les années 1960-70, dans la jeunesse de notre philologue, historien de la littérature, les écrits biographiques n’avaient pas bonne presse, jugés actes illusoires et narcissiques. A l’heure des blogs et des expériences partagées en réseau, les bouts d’existence prolifèrent. Mais qu’est-ce qui distingue ces récits de l’écriture de vie ?

Si son cours fait le stimulant bilan des recherches de l’année précédente et évoque le propre rapport d’Antoine Compagnon à la biographie avec l’écriture et la publication de la « vie de Bernard Faye », ici nous retrouvons d’entrée de jeu, l’auteur qu’il n’a plus quitté depuis sa thèse en 1977 et qui lui a valu un surprenant best-seller en 2013, Montaigne. Il est vrai qu’en ce début du XXIe siècle, les nouvelles éditions des Essais ont ouvert d’autres lectures avec notamment chez Quarto une lecture en français moderne.

Dans une interview pour Le Figaro en 2014, Antoine Compagnon rappelle que

« Le grand intérêt des Essais, c'est qu'ils ne proposent pas de solutions toutes faites. Il s'agit de promenades à travers des problèmes. Comme le souligne Montaigne lui-même, ‘qui n'aime la chasse qu'en la prise, il ne lui appartient pas de se mêler à notre école’ ». Plus que « des leçons qui donneraient l'illusion d'accéder à la substantifique moelle après avoir cassé l'os », Antoine Compagnon considère ses cours sur Montaigne comme « des incitations à la perplexité ».

Avec Montaigne, s’affirme la rupture entre les Vies exemplaires de l’Antiquité et l’expression des vies ordinaires à partir de la Renaissance. Antoine Compagnon rappelle que

« Montaigne est contemporain de l’émergence du moi moderne. La subjectivité décrite par Paul Ricoeur, fondée sur la perception de soi comme autre, s’est en somme formée à son modèle, déclare-t-il dans une interview au JJD. Le moi moderne est inséparable de l’expérience du livre, de la rencontre de l’autre, de soi comme un autre, dans la lecture. »

Revenir sur Montaigne aujourd’hui pour Antoine Compagnon, c’est traquer les moments fugitifs de vie dans Les Essais.

« C’est la valeur éthique du texte qui m’intéresse davantage, explique-t-il, sans retomber dans une lecture biographique ».

Et nous gagnons le grand amphithéâtre du Collège de France pour le cours d’Antoine Compagnon, « Ecrire la vie » séquence II, le 5 janvier 2010.

Montaigne, "Les Essais" en français moderne, édition de 2009
Montaigne, "Les Essais" en français moderne, édition de 2009
- Gallimard Quarto

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