Henri Louis Bergson (1859-1941), philosophe, Prix Nobel de littérature, 1927
Henri Louis Bergson (1859-1941), philosophe, Prix Nobel de littérature, 1927
Henri Louis Bergson (1859-1941), philosophe, Prix Nobel de littérature, 1927 ©Getty - Bettmann/ Getty
Henri Louis Bergson (1859-1941), philosophe, Prix Nobel de littérature, 1927 ©Getty - Bettmann/ Getty
Henri Louis Bergson (1859-1941), philosophe, Prix Nobel de littérature, 1927 ©Getty - Bettmann/ Getty
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Résumé

Comment Proust essayiste se fait-il philosophe ? En regardant la manière dont Proust dialogue avec l’essayisme du philosophe Bergson, que pouvons-nous apprendre de l’essayisme de l’auteur de la fresque romanesque "A la Recherche du temps perdu" ? demande Clément Girardi

avec :

Antoine Compagnon (Professeur au Collège de France depuis 2006, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine).

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Nouvelle diffusion du 25 août 2019

Comment Proust désamorce-t-il l’idée qu’il aurait écrit un roman bergsonien ?

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Antoine Compagnon, titulaire de la chaire "Littérature française moderne et contemporaine , (Histoire, critique, théorie)", nous entraîne dans une grande enquête autour de "Proust Essayiste", des notes préparatoires, au roman, A La Recherche du temps perdu, en passant par le fameux Contre Sainte-Beuve… Cette enquête s’est ouverte à d’autres approches et perspectives dans le cadre de son séminaire. Nous retrouverons Antoine Compagnon, en fin d’heure pour un échange avec Clément Girardi.

Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de lettres modernes, Clément Girardi a été titulaire d'un poste d'ATER auprès la chaire de Littérature française moderne et contemporaine du Collège de France. Il a publié des articles, consacrés à Charles Péguy, Albert Thibaudet, Jean Paulhan et surtout il a soutenu récemment sa thèse sous le titre "Henri Bergson et les lettres françaises, de 1890 à 1940" à l’Université Paris-Sorbonne. 

Il indique que  "L'intention générale de ce travail est de réfléchir aux raisons pour lesquelles un certain nombre d'écrivains se sont dits bergsoniens, allant même jusqu'à devenir, dans leur dialogue avec Bergson, philosophes à son côté."

Quand Proust brouille les pistes du roman bergsonien

Clément Girardi analyse de quelle façonMarcel Proust brouille les pistes, quand on parle du "roman bergsonien" à propos de son œuvre : 

"Toute la question, évidemment, c'est de savoir ce que le roman de Proust doit à la philosophie de Bergson, indique-t-il. Et la question, en un sens, est aussi vieille que l'œuvre de Proust, lui-même, puisque Proust y répond à la veille de la parution de Du côté de chez Swann, le 12 novembre 1913, dans une interview qui est assez célèbre au journal Le Temps". 

Proust écrit : "A ce point de vue, mon livre serait peut être comme un essai, un essai d'une suite de roman de l'inconscient. Je n'aurais aucune honte à dire roman bergsonien, même si je le croyais, car à toute époque, il arrive que la littérature a tâché de se rattacher, après coup, naturellement à la philosophie régnante. Mais ce ne serait pas exact, car mon œuvre est dominée par la distinction entre la mémoire involontaire et la mémoire volontaire. Distinction qui non seulement ne figure pas dans la philosophie de M. Bergson, mais est même contredite par elle."

"On sait que Proust a rédigé une grande partie de cet entretien, rappelle Clément Girardi. Est ce qu'il a voulu désamorcer de lui-même un rapprochement qu'il souhaitait qu'on ne manquera pas de faire entre son œuvre et la philosophie de Bergson? Ou est ce qu'il a voulu brouiller les pistes et dissimuler des emprunts de nature à affaiblir son originalité?" demande le jeune chercheur.

Qu'est-ce qu'un souvenir qu'on ne se rappelle pas ? 

"Toute la difficulté quand on pose la question du rapport entre Proust et Bergson, commente encore Clément Girardi, c'est qu'on balance très longtemps entre le constat de la ressemblance et le constat de la différence. Bergson est le philosophe du déroulement continu de la vie intérieure et, de son côté, Proust pense qu'on ne cesse pas de devenir étranger à soi-même. Bergson dit que notre mémoire enregistre automatiquement et immédiatement tout notre passé et Proust a l'air de lui répondre qu'il est certaines choses dont on ne retrouve jamais le souvenir."

Clément Girardi analyse comment la relation ou le jeu des différences entre Bergson et Proust se joue aussi sur les questions laissées en suspens.

"Qu'est ce qu'un souvenir qu'on ne se rappelle pas? Demande Proust à Bergson. Là où Bergson fait l'hypothèse un peu extravagante, aux yeux de Proust, de souvenirs qui seraient en attente d'un sujet, Proust considère plutôt que nous sommes des sujets en attente de nos propres souvenirs, note le chercheur. Or, il est impossible de retrouver la mémoire sans la réinventer en partie. Il est impossible de se connaître sans aller au-delà de ce qu'on a été. On n'a pas le choix, en d'autres termes, que de s'essayer."

Nous gagnons le Collège de France pour le séminaire d’Antoine Compagnon, le 26 mars 2019, aujourd’hui "Proust en dialogue avec Bergson". 

Autour de l'œuvre de Marcel Proust  

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Tome I. Édition publiée sous la direction de Jean-Yves Tadié avec la collaboration de Florence Callu, Francine Goujon, Eugène Nicole, Pierre-Louis Rey, Brian Rogers et Jo Yoshida. Nouvelle édition, 1987, Bibliothèque de la Pléiade, n° 100. Tome II, Tome III (auquel a contribué Antoine Compagnon), tome IV. Le Coffret de quatre volumes vendus ensemble, réunissant des réimpressions récentes des premières éditions (1987, 1988, 1989) Édition publiée sous la direction de Jean-Yves Tadié, doit paraître le 5 Septembre 2019 (Bibliothèque de la Pléiade).

Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve précédé de Pastiches et mélanges suivi de _Essais et articles,_Édition de Pierre Clarac avec la collaboration d'Yves Sandre, Gallimard, La Pléiade, 1971.

Photo de Marcel Proust par Otto Wegener en 1895.
Photo de Marcel Proust par Otto Wegener en 1895.
- Otto Wegener (1849-1924) - Wikicommons