Lettre de Halet Efendi, ambassadeur ottoman. Paris, 21 décembre 1803 (document mis en ligne par Edhem Eldem sur la page de son cours au Collège de France)
Lettre de Halet Efendi, ambassadeur ottoman. Paris, 21 décembre 1803 (document mis en ligne par Edhem Eldem sur la page de son cours au Collège de France) - Edhem Eldem / Collège de France
Lettre de Halet Efendi, ambassadeur ottoman. Paris, 21 décembre 1803 (document mis en ligne par Edhem Eldem sur la page de son cours au Collège de France) - Edhem Eldem / Collège de France
Lettre de Halet Efendi, ambassadeur ottoman. Paris, 21 décembre 1803 (document mis en ligne par Edhem Eldem sur la page de son cours au Collège de France) - Edhem Eldem / Collège de France
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Comment les Ottomans ont-ils commencé à douter d’eux-mêmes et, dès lors, à changer? Demande l’historien Edhem Eldem. Comment retrouver l’expression directe des sentiments des Ottomans quand les sources sont dominées par la voix de la bureaucratie, au style ampoulé et formaliste?

Avec
  • Edhem Eldem professeur d'histoire à l'Université de Bogaziçi à Istanbul, titulaire de la chaire internationale d'histoire turque et ottomane au Collège de France

Que pouvons-nous apprendre du style direct des sultans? Quelle angoisse peut révéler la prise en compte des stéréotypes sexuels véhiculés par l’orientalisme?

Professeur à l'Université de Bogaziçi à Istanbul, Edhem Eldem a été nommé, pour cinq ans, titulaire d’une nouvelle chaire Internationale du Collège de France, consacrée à l’histoire turque et ottomane, qu’il aborde selon deux axes majeurs : les processus de modernisation et les rapports avec l’Occident. L’historien s’attache, dans le cadre de sa série consacrée à " L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident", au "changement sensible du rapport de forces" au  tournant des XVIIIe-XIXe siècles, l’expédition d’Egypte en 1798 ayant marqué un traumatisme pour les Ottomans qui ont perdu alors ce "joyau de l’empire", et sont entrés dans le jeu complexe des puissances européennes. 

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L’historien notait dans les cours précédents que les Ottomans ont commencé "à perdre prise". 

"Il s’agit donc d’une situation nouvelle qui les a forcés à revoir leur politique envers un Occident de plus en plus envahissant et menaçant, mais aussi de plus en plus attrayant et tentant par ses succès".

Marc Semo, revenant pour le journal Le Mondesur le riche parcours cosmopolite de ce fils de diplomate, rappelait les hésitations d’ Edhem Eldem

"Côté paternel, son arrière-grand-oncle Osman Hamdi Bey, fils d’un grand vizir, fondateur du Musée archéologique d’Istanbul et peintre de talent, incarnait à la perfection le regard orientaliste hérité de l’Occident que les élites ottomanes portaient sur leur propre monde. Côté maternel, il est apparenté à l’ex-dynastie impériale. Longtemps, pourtant, l’historien hésita à emprunter une voie toute tracée".

Pour Edhem Eldem, dans le même article :

"Il est toujours plus stimulant de parler des antagonismes, des tensions, des différences". 

"L’histoire ottomane est un sujet bien trop important [pour être réduit] à un glorieux prélude au récit simpliste de l’histoire de la nation turque".

Il s’agit de rendre toute sa complexité à "c_et étrange animal qu’est l’Empire ottoman_", et à ce "laboratoire politique sur près de six siècles".

Depuis le cours précédent, Edhem Eldem traque la voix directe des Ottomans et notamment l’expression décomplexée et libre des sultans. Il s’agit de faire "entendre"

"leurs pensées et leurs sentiments dans des missives amoureuses, au détour d’un décret ou dans les écrits des chroniqueurs de la cour"

tandis certains textes cassent la règle formaliste,

"en révélant des pensées ou un état d’esprit que la documentation officielle se garderait bien de laisser transparaître. C’est notamment le cas d’une lettre de l’ambassadeur ottoman à la cour de Napoléon, Halet Efendi, qui met à nu toute une série d’inquiétudes face à un monde de plus en plus menaçant. "

Nous gagnons tout de suite l'amphithéâtre du Collège de France, les 26 janvier et 2 février 2018 pour le cours d’ Edhem Eldem, aujourd’hui "Quand le doute s’installe".