2006, Fondation Zinsou, exposition "Behanzin, roi d'Abomey", en partenariat avec le Musée français du Quai Branly pour le centenaire de la mort du roi. 30 objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections ont été prêtés au Bénin.
2006, Fondation Zinsou, exposition "Behanzin, roi d'Abomey", en partenariat avec le Musée français du Quai Branly pour le centenaire de la mort du roi. 30 objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections ont été prêtés au Bénin.
2006, Fondation Zinsou, exposition "Behanzin, roi d'Abomey", en partenariat avec le Musée français du Quai Branly pour le centenaire de la mort du roi. 30 objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections ont été prêtés au Bénin. - M.-C. Zinsou / Fondation Zinsou
2006, Fondation Zinsou, exposition "Behanzin, roi d'Abomey", en partenariat avec le Musée français du Quai Branly pour le centenaire de la mort du roi. 30 objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections ont été prêtés au Bénin. - M.-C. Zinsou / Fondation Zinsou
2006, Fondation Zinsou, exposition "Behanzin, roi d'Abomey", en partenariat avec le Musée français du Quai Branly pour le centenaire de la mort du roi. 30 objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections ont été prêtés au Bénin. - M.-C. Zinsou / Fondation Zinsou
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Résumé

Comment reprendre "contact" avec les oeuvres qui ont quitté l'Afrique? Pourquoi les restitutions d'objets africains qui semblaient engagées dans les années 1970 ont-elles été empêchées? Bénédicte Savoy analyse les mécanismes qui ont pu finalement gripper cette dynamique en Allemagne, en France...

avec :

Bénédicte Savoy (Historienne de l’art à l'université technique de Berlin, elle est l'auteur avec Felwine Sarr du rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain.).

En savoir plus

Quelles nombreuses traces de cette dynamique trouve-t-on aujourd'hui dans les archives? Comment s'est exprimée l'hostilité des musées européens face à l'idée de restitution, mais aussi celle du marché de l'art?

Titulaire de la chaire internationale « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIe-XXe siècle » au Collège de France, Bénédicte Savoy, se partage entre Paris et Berlin, où elle dirige le département d’histoire de l’art de la Technische Universität de Berlin, depuis 2003.

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Dans le cadre de sa série intitulée « Présence africaine dans les musées d’Europe », elle a tenté de cerner les "différents acteurs impliqués dans la translocation massive des patrimoines matériels africains vers l’Europe à partir des années 1890". Elle a suivi du XVIe siècle au XXe siècle, la constitution des collections africaines dans les musées européens. 

Quand la jeune Afrique prend conscience de la nécessité de "recouvrer son patrimoine" dispersé dans le monde.

Pour ce dernier cours, elle s'attache à la période plus récente qui va des années 1960 à aujourd'hui, quand les pays de l'Afrique subsaharienne demandent qu'on leur restitue les œuvres spoliées ou qu'on leur rende "au moins une oeuvre". Dans les années qui ont suivi les indépendances, on parlait de "recouvrement du patrimoine africain", nous explique Bénédicte Savoy. 

Couverture de la revue américaine, "Africa Report", début 1974 : Bénédicte Savoy commente la mise en scène d'une petite figurine africaine prenant l'avion et la question posée en Une : "L'art africain retournera-t-il jamais chez lui?"
Couverture de la revue américaine, "Africa Report", début 1974 : Bénédicte Savoy commente la mise en scène d'une petite figurine africaine prenant l'avion et la question posée en Une : "L'art africain retournera-t-il jamais chez lui?"
- Africa Report/Collège de France

Puis à la fin des années 1970 les demandes de restitution s'organisent. Le Directeur général de l'Unesco, le sénégalais, Amadou Mahtar M'Bow lance un appel pour le retour d'un "patrimoine culturel irremplaçable" en juin 1978, tandis que 'archéologue nigérian Ekpo Eyo  s'engage lui aussi en faveur des restitutions. L'UNESCO publie même un formulaire-type pour les demandes de retour ou de restitution.

L'archéologue nigérian, Ekpo Eyo, posant en août 1989, devant deux oeuvres au Musée des Beaux Arts à Houston, avant une conférence sur des ivoires du XVIe siècle qui ont quitté l'Afrique, rappelle Bénédicte Savoy, dans son cours.
L'archéologue nigérian, Ekpo Eyo, posant en août 1989, devant deux oeuvres au Musée des Beaux Arts à Houston, avant une conférence sur des ivoires du XVIe siècle qui ont quitté l'Afrique, rappelle Bénédicte Savoy, dans son cours.
- E. Eyo/ Collège de France

Le spectre de la restitution et les mécanismes de résistance 

Alors qu'une opinion publique semble s'ouvrir à la question du retour des oeuvres dans leur pays d'origine, des mécanismes de résistance entrent en jeu, en Europe. La chercheuse analyse alors le "spectre qui hante les musées d'Europe" :

"le spectre de la restitution". 

Or les musées d'Europe vont s'unir pour lutter contre les démarches de restitution.

Quelle a été dès lors la bataille des mots ? Le terme de restitution étant rejeté au profit de notions plus neutres, comme "transfert d’oeuvres", "circulation" ? Les demandes de restitutions vont être qualifiées de "processus émotionnels" qu’il faut contourner en revenant à la situation juridique des demandes.

Quand les "députés ont voté la restitution de plusieurs objets au Sénégal et au Bénin", l’écrivain-économiste sénégalais, Felwine Sarr rappelait au journal Le Monde, en octobre 2020, que ce projet de restitution restait limité car, c’est "L’option duas par cas, du compte-gouttes, (qui) a été retenue".

"Il va falloir voter une loi à chaque fois qu’un objet devra être restitué, reprendre le débat comme s’il n’avait jamais eu lieu".  

"Ce projet qui va dans le sens de l’histoire", s’est heurté à "de forts conservatismes", note encore l’universitaire. 

"Entre avoir un discours théorique et sans effets, poursuit-il, ou quand même procéder à quelques restitutions symboliques, c’est évidemment cette deuxième option qui s’imposait. Le texte a cependant été voté à l’unanimité, signe de la légitimité de la réclamation et de la cause. Deuxièmement, lors des discussions qui ont eu lieu en commission avant le vote de la loi, les députés n’ont pas fermé la porte à une loi-cadre lorsqu’un bilan des premières restitutions pourra être fait. Cela laisse le temps de travailler les opinions, les milieux culturels, pour les préparer à une loi de portée beaucoup plus grande."

Et Felwine Sarr de rappeler :

"L’essentiel du patrimoine matériel des pays africains ne peut pas se trouver dans les musées occidentaux", tandis que "le caractère universaliste de ces établissements ne peut pas être utilisé pour refuser un rééquilibrage et rendre les objets à leurs ayants droit". 

Nous gagnons le Collège de France, le 10 avril 2020, pour le cours de Bénédicte Savoy,  Présence africaine dans les musées d’Europe, aujourd’hui, « Reconnexions patrimoniales »

Pour prolonger :

  • Autour de l'image de Une : L'exposition "Béhanzin, roi d'Abomey" a attiré 275.000 visiteurs, à la Fondation Zinsou, à Cotonou au Bénin, à partir de son ouverture en décembre 2006.
Le peintre Cyprien Tokoudagba a réalisé 15 toiles représentant différents emblèmes du Roi Behanzin, dans le cadre de l'exposition, "Béhanzin, roi d'Abomey" à la Fondation Zinsou en 2006.
Le peintre Cyprien Tokoudagba a réalisé 15 toiles représentant différents emblèmes du Roi Behanzin, dans le cadre de l'exposition, "Béhanzin, roi d'Abomey" à la Fondation Zinsou en 2006.
- C. Tokoudagba/Fondation Zinsou

"Réalisée en partenariat avec le Musée français du Quai Branly à l’occasion du centenaire de la mort du Roi Aboméen, cette exposition a duré trois mois. Trente objets du Trésor Royal de Béhanzin, issus des collections du Musée français, ont été prêtés au Bénin. La Fondation a choisi de confronter ces objets chargés d’histoire avec un regard moderne porté sur le passé, celui du peintre Cyprien Tokoudagba qui a réalisé quinze toiles représentant différents emblèmes du Roi."

  • "Artwork Taken From Africa, Returning to a Home Transformed": Suite à la remise du rapport de Bénédicte Savoy et Felwin Sarr au gouvernement français en novembre 2018. Le New York Times, dans un article du 3 janvier 2019, a invité le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, l'historienne de l'art française Cécile Fromont et l'artiste nigérienne-américaine Toyin Ojih Odutola à débattre des implications, pour les musées, gouvernements et artistes africains, de ces restitutions.
  • Souleymane Bachir Diagne a participé au symposium organisé le 11 juin 2019 par Bénédicte Savoy dans le cadre de la série Museotopia: Réflexions sur l'avenir des musées en Afrique. 
  • Autour des extraits sonores :

Bénédicte Savoy revient sur la notion de "recouvrement patrimonial" et sur le contexte des festivals panafricains des années 1960.

"C'est l'un de ceux où est évoqué le plus clairement la question du patrimoine qui a quitté le continent africain dans la période pendant la période coloniale, note l'historienne. Dans cette logique panafricaine, les Etats africains s'engagent dans une revendication solidaire, ils s'engagent ensemble pour leur patrimoine".

- Extrait du discours inaugural de M. Mohamed S. Benyahia, ministre algérien de l'Information, dans le cadre du Festival culturel Panafricain, à Alger, le 23 juillet 1969 (Archive INA).

L'indépendance politique et économique de l'Afrique et sa libération totale seraient des entreprises vaines et inconséquente sans le recouvrement de son patrimoine culturel, c'est à dire de son identité profonde.

Bénédicte Savoy rappelle :

"Dans les années 1960-70, il existe une conscience de la nécessité de récupérer une partie du patrimoine qui a quitté si massivement le continent africain pendant les 60/70 années qui ont précédé les indépendances. (...). Les deux acteurs principaux à l'échelle des organisations Internationales et à l'échelle, des Etats, qui vont s'engager dans cette réclamation du patrimoine africain sont d'une part, l'universitaire et homme politique sénégalais, Amadou Mahtar M'bow, directeur général de l'Unesco (1974-1987) etl'archéologue et muséologue nigérian Ekpo Eyo."

Le 9 juin 1978, le journal Le Monde cite un extrait de l'appel "solennel" d'Amadou Mahtar M'Bow (lancé le 7 juin 1978) "à tous les gouvernements, organismes culturels, médias, universités, bibliothèques, musées, historiens, artistes, etc.", " pour le retour à ceux qui l'ont créé d'un patrimoine culturel irremplaçable", c'est-à-dire pour la restitution à leur pays d'origine des biens culturels faisant partie intégrante du patrimoine national.

Cet appel "contient les limites fixées par l'UNESCO à la politique de restitution. Ainsi, les pays dépouillés demandent : 

" que leur soient restitués au moins les trésors d'art les plus représentatifs de leur culture, ceux auxquels ils attachent le plus d'importance, ceux dont l'absence leur est psychologiquement le plus intolérable."

- Le journal de 20h de TF1 du 19 juin 1978, présenté par Bénédicte Savoy dans son cours, s'inscrit dans le contexte de l'Appel de l'Unesco. Dans ce journal, figurent notamment les interviews d'Amadou Mahtar M'bow, Directeur de l'Unesco, et de l'artiste malien, Akonio Dolo. Présentation de Roger Gicquel et reportage d'Adam Saulnier (Archive INA).

Amadou-Mahtar M'Bow, directeur général de l'UNESCO lors d'une réunion à Paris le 20 octobre 1987
Amadou-Mahtar M'Bow, directeur général de l'UNESCO lors d'une réunion à Paris le 20 octobre 1987
© Getty - Georges MERILLON/Gamma-Rapho - Getty

Amadou Mahtar M'bow revient sur son appel et sur la question de la restitution d'un "patrimoine culturel irremplaçable" :

"Il est certain que de nombreux peuples ont perdu des éléments fondamentaux de leur culture et qu'il est essentiel que certains de ces éléments fondamentaux reviennent dans leur pays d'origine. Mais nous distinguons les conditions d'acquisition de ces biens culturels (...). Non seulement l'Unesco n'est pas opposée aux échanges de biens culturels, mais l'Unesco considère au contraire qu'il est extrêmement important que les œuvres d'art des différents pays puissent circuler dans le monde entier pour accroître la connaissance mutuelle réciproque des différents peuples du monde".

L'artiste malien, Akonio Dolo, s'exprime sur la dispersion du patrimoine africain et sur le sentiment d'absence des objets :

"Je trouve ça dramatique dans le sens que moi même, j'ai été élevé parmi ces masques  où j'ai dansé avec et j'ai vu ces masques partir un à un. C'est comme une bibliothèque qui brûlait"

A propos de "Sankanda"

Le générique de fin de la série scelle la rencontre de Bach et du morceau "Sankanda", extrait de l'album "Lambarena - Bach to Africa" d'Hugues de Courson avec Pierre Akendengué

Patrick Labesse revient pour le journal Le Monde, l'été 2020 sur cet album de 1994. Il le qualifie ainsi :

"Tissage insolite entre la musique du compositeur allemand (Bach) et les chants et rythmes de la forêt gabonaise, folle extravagance musicale et union improbable", "conçu par Hughes de Courson, cofondateur de Malicorne, groupe-phare de la scène folk française dans les années 1970, et par Pierre Akendengué, l’un des pionniers de la présence africaine sur la bande-son de la France, où il vécut vingt ans avant de retourner au Gabon"

Cet album réunit "plus de 250 choristes du Gabon, des musiciens traditionnels, un orchestre classique (dirigé par le guitariste et compositeur franco-argentin Tomas Gubitsch), un chœur baroque, des chanteurs et instrumentistes solistes (le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos, le violoncelliste Vincent Segal, le percussionniste camerounais Sami Ateba)".

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Connexions contemporaines...

La commissaire d'Africa 2020, Ngoné Fall a conçu cette saison comme une  "invitation à comprendre le monde du point de vue africain".

À réécouter : La Saison Africa 2020 vue par sa commissaire générale

Un grand merci à la Documentation d'actualité de Radio France qui a accompagné cette série.