Greta Thunberg, militante écologiste suédoise, lors d'une manifestation de jeunes réclamant des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique, ©Getty - le 22 février 2019 à Paris (pancarte : "grève des écoles pour le climat"). Photo prise par Antoine Gyori / Corbis / Getty Images
Greta Thunberg, militante écologiste suédoise, lors d'une manifestation de jeunes réclamant des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique, ©Getty - le 22 février 2019 à Paris (pancarte : "grève des écoles pour le climat"). Photo prise par Antoine Gyori / Corbis / Getty Images
Greta Thunberg, militante écologiste suédoise, lors d'une manifestation de jeunes réclamant des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique, ©Getty - le 22 février 2019 à Paris (pancarte : "grève des écoles pour le climat"). Photo prise par Antoine Gyori / Corbis / Getty Images
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Résumé

"Peut‐on baser une éthique de nos responsabilités envers les générations futures sur l’hypothèse que tout ira bien" ? Demande l’économiste Christian Gollier, titulaire de la chaire annuelle "Avenir commun durable".

avec :

Christian Gollier (Economiste de l’incertain et directeur de l’Ecole d’économie de Toulouse).

En savoir plus

"Dans l’assemblée des générations présentes et à venir", le chercheur, qui dirige la Toulouse School of Economics, analyse "comment définir et évaluer une juste politique climatique" et "comment définir le bien commun dans un tel contexte". Il se demande dans le cours présent, de quelle façon "déterminer un niveau de bien être d'un individu, lorsque cet individu est confronté à des risques ?"

Dans une passionnante interview que vous pouvez lire sur le site du Collège de France, Christian Gollier explique ainsi son interprétation d’un avenir commun durable :

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"C'est en faisant payer aux pollueurs le coût de leurs dégâts sur l'environnement que l'on pourra efficacement lutter contre le réchauffement. Jusqu’à présent, presque partout dans le monde, ni les gouvernements, ni les individus, ni les entreprises n’ont d’incitation à intégrer dans leurs analyses leurs dommages contre l’environnement. Il faut mettre une valeur sur les choses qui nous sont chères ; et l'environnement nous est cher. Mettons donc, collectivement, un prix sur cette ressource commune afin de la préserver et d’aligner les intérêts privés avec l'intérêt collectif, et d’inciter chacun à intégrer dans ses choix leur impact sur le bien commun."

Dans le cours précédent il a expliqué qu’il existait deux méthodes pour donner une valeur au carbone, "aujourd’hui et à l’avenir" : l’approche Coût-bénéfice et l’approche Coût-efficacité. Au-delà, des différentes projections ou arbitrages, il a souligné que nous ne faisions pas assez d’effort et que tout un chacun, nous jouons tous à la roulette russe face aux défis du réchauffement climatique.

L'enjeu des inégalités intergénérationnelles

Dans l’interview qui accompagne sa série au Collège de France, Christian Gollier donne cette explication très parlante : "il faut comparer le coût de l’effort au bénéfice sociétal engendré par cet effort, alors que celui-ci s’étalera sur des décennies et des siècles. Le fait est que nous avons tous tendance à valoriser le présent plus que le futur. Prenons le test du marshmallow. Il s'agit de mettre un enfant dans une pièce et de déposer sur la table un marshmallow tout en lui disant qu'on sera de retour dans un quart d’heure, et que si le marshmallow est toujours là, il en aura un second. La plupart des enfants ne patientent pas. Ce qui peut nous faire dire que les gens ont une préférence pour le présent, pour la consommation immédiate. Cela transparaît aussi sur les marchés financiers, qui valorisent moins les revenus qui sont plus éloignés dans le temps. Il faut que les bénéfices futurs soient suffisamment plus importants que les coûts immédiats pour déclencher la décision d’investissement".

"Les marchés financiers, poursuit l’économiste, pénalisent le futur pour une raison qui est plus fondamentale : dans un monde en croissance, avec un PIB futur plus important que le PIB présent, investir c'est demander aux pauvres (la génération présente) d’investir afin d’engendrer des bénéfices pour les riches (les générations futures). Investir dans l'avenir c'est donc augmenter les inégalités intergénérationnelles. Si l’on croit à cette croissance, et si l’on éprouve de l’aversion aux inégalités, sacrifier du pouvoir d’achat aujourd’hui pour améliorer l’avenir est éthiquement problématique. Pour qu’investir soit néanmoins désirable, il faut que le rendement de cet investissement soit suffisamment élevé pour compenser cet effet. Dans un monde en croissance, il y a donc du plus – le rendement positif –, et du moins – l’augmentation des inégalités –, dans une décision d’investissement. Pour cela, il faut que le rendement fasse plus que compenser l'impact négatif sur le bien-être intergénérationnel de l'augmentation des inégalités que cet investissement engendre. C'est un point clé".

Dès lors qu’est-ce que l’approche utilitariste de la notion de bien-être intergénérationnel ? Dans ce cours Christian Gollier propose d’analyser "comment, dans un monde en croissance, investir accroît les inégalités intergénérationnelles, ce qui justifie un taux d’actualisation positif dans l’évaluation des politiques publiques".

Nous gagnons le Collège de France le 26 janvier 2022, pour le cours de Christian Gollier, aujourd’hui, "Vers une éthique de nos responsabilités envers les générations futures"

Pour prolonger :

Le taux d'actualisation de long terme présenté par Christian Gollier au Collège de France
Le taux d'actualisation de long terme présenté par Christian Gollier au Collège de France
- C. Gollier / Collège de France

Christian Gollier a notamment publié :

  • Entre fin du mois et fin du monde : économie de nos responsabilités envers l’humanité, Fayard, juin 2022
  • Le climat après la fin du mois, puf, 2019
  • Finance responsable pour une société meilleure, puf, 2019
  • Ethical Asset Valuation and the Good Society,  Columbia University Press, 2017
  • Le principe de précaution, co-écrit avec Nicolas de Sadeleer et François Ewald, puf, 2013
  • Le choc des générations ? Dette, retraites, dépendance... , co-écrit avec Patrick Artus, Pierre-Yves Geoffard, Antoine Bozio, André Masson, Eric Maurin, Xavier Timbeau, Louis Chauvel, Luc Arrondel, La découverte, 2010
  • Le climat après la fin du mois : le coût de la transition écologique , Alpha, à paraître le 7 septembre 2022

Les documents, courbes, références évoqués par Christian Gollier dans son cours sont accessibles sous la rubrique support sur le site du Collège de France.

L'interview de Christian Gollier, "Qu'est-on prêt à payer aujourd'hui pour réduire un dommage qui se produira dans deux siècles ?", est à retrouver dans la rubrique "Entretien" sur le site du Collège de France.