La Momie péruvienne, un vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique
La Momie péruvienne, un vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique
La Momie péruvienne, un vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique - MNHN - Jean-Christophe Domenech
La Momie péruvienne, un vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique - MNHN - Jean-Christophe Domenech
La Momie péruvienne, un vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique - MNHN - Jean-Christophe Domenech
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Résumé

La momie péruvienne est peut-être une des pièces les plus saisissantes du Musée de l'Homme. Découverte en 1877 dans les Andes péruviennes, son visage expressif et ses orbites emplies de terreur et de supplication l'ont rendue célèbre, au point d'avoir inspiré de nombreux artistes au rang desquels Gauguin ou encore Edvard Munch pour son tableau "Le Cri", comme le raconte le directeur du Musée de l’Homme André Delpuech.

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Découverte en 1877 dans un mausolée des Andes péruviennes, au nord-est du Pérou, d'un peuple appelé les Chachapoyas, qui signifie "les guerriers des nuages", et conservée au Musée de l'Homme, cette momie témoigne de rituels funéraires amérindiens antérieurs aux Incas, chez qui ils ont perduré. Le corps du défunt est placé dans une position semblable à celle du fœtus. A l’origine, la momie était enveloppée d’un fardeau constitué d’enveloppes de tissus protectrices et de vêtements richement ornés. C'est au creux de falaises, souvent à plus de 3000m d'altitude, que le peuple méconnu des Chachapoyas, contemporains des Incas, a confié ses morts entre le VIIIe et le XVe siècle.

Vestige à la fois biologique, archéologique et ethnographique, cette célèbre momie a été découverte en 1877 par l'explorateur français Paul Vidal, à une période où l'Amérique latine fascine les explorateurs, scientifiques, archéologues et ethnologues français. Elle a depuis fait l’objet d’études scientifiques poussées à partir des méthodes les plus modernes et sophistiquées établies par les équipes du Musée de l’Homme. Elles ont alors pu révéler qu'il s'agissait d'un homme, entre 20 et 30 ans et qu'il souffrait d'une maladie infectieuse pulmonaire qui a pu causer sa mort. Cette momie a un caractère terrifiant. Elle n’a plus d’yeux depuis longtemps, mais elle vous fait face avec ses deux orbites, pleines de supplication. La bouche est ouverte, les mains enserrent le visage, de façon hyper contractée. Ce n’est pas qu’un corps qui est momifié, c’est une âme qui pleure, c’est un cri.

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L'ordre mémoriel, une question éthique  

Notre musée contient 30 000 restes humains dans ses réserves, sujet délicat car certains sont le fruit de recherches scientifiques, et d'autres sont témoins de conquêtes militaires ou de faits particulièrement sanglants de l'histoire colonial française. Se posent aujourd’hui deux questions : la question de l'exposition de ces restes dans les vitrines du musée, engendrant des questions éthiques d'une part. Le deuxième sujet étant la restitution qui est en plein dans l'actualité. En ce qui nous concerne, ce sont ces restes humains qui sont sources de débats. Il y a quelques années, ce sont les crânes maoris qui ont été restitués à la Nouvelle-Zélande, et durant l'été 2020, le Muséum a restitué à l'Algérie 24 crânes de personnes algériennes tuées au moment de la décolonisation française. Pour restituer un reste humain, il faut deux conditions : une identification de la personne et l'autorité qui demande la restitution soit habilitée à le faire. (André Delpuech)

28 min

►La Momie péruvienne se trouve au Musée de l'Homme à Paris. Retrouvez plus d'informations sur la Momie péruvienne du Musée de l'Homme.

Une série produite par Tao Favre, réalisée par Vincent Decque