L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris
L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris  - MNHN - Jean-Christophe Domenech
L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris - MNHN - Jean-Christophe Domenech
L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris - MNHN - Jean-Christophe Domenech
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L’anthropologue Paul Broca disait "Les voyageurs ne décideront pas toujours aisément les indigènes à se laisser mouler la tête". Une citation qui résonne avec la série de bustes humains, aux yeux fermés. Une solennité, qui nous renvoie plus que jamais à nous-mêmes et à une histoire aux angles parfois tragiques, racontée par le directeur du Musée de l’Homme André Delpuech.

Après avoir étudié leurs contemporains en Europe, les explorateurs sont allés à la rencontre d’êtres humains aux physionomies et aux modes de vie méconnus, lors de grandes expéditions scientifiques menées en divers endroits du globe comme celles de Jules Dumont d’Urville dans les mers du Sud et en Océanie entre 1837 et 1840, et celle du prince Napoléon dans les mers du Nord en 1856. Cherchant à rendre compte, pour étude, de ces multiples types humains, les anthropologues empruntent alors aux artistes la technique du moulage en plâtre. Véritables copies du vivant, les bustes ainsi réalisés, conservés au Musée de l'Homme, reproduisent fidèlement leurs visages et les traits observés

L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris
L'envolée des bustes, dans la galerie du Musée de L'Homme à Paris
- MNHN - Jean-Christophe Domenech

Le corps exhibé

Paul Broca, père de l’anthropologie au Muséum national d'Histoire naturelle dira "Les voyageurs ne décideront pas toujours aisément les indigènes à se laisser mouler la tête. Il faut d'ailleurs une certaine habileté pour faire cette opération sur le vivant". Cette collection servait à faire toute une série de mesures sur les crânes humains notamment, car à l'époque, on pensait que le crâne et le cerveau étaient l'essence même de l'homme. Ces mesures servaient alors à établir une série typologique des crânes, et dévia vers une vision évolutionniste, au point de classer les différentes "races" sur une échelle de valeurs hiérarchiques, avec au sommet de cette liste : l'homme blanc.

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Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties
29 min

Dans cette série de bustes, se cachent des destins individuels tragiques, comme celui de la tristement célèbre Vénus Hottentote, Sarah Baartman, capturée de force au XIXe siècle, et exhibée devant des savants et aux côtés des animaux. Les études de l'anthropologie ont connu des dérives idéologiques terribles, à l'instar des écrits proférés par l'écrivain Arthur de Gobineau en 1853.

"On est ici face à un regard sur notre étude de nous-mêmes, qui nous amène à réfléchir et à voir qu'il n'existe qu'une seule et unique espèce humaine sur la planète. Que nous sommes tous africains, et tous métissés depuis des centaines de milliers d'années. C'est aussi la volonté de notre musée d'être un lieu engagé qui rappelle que la science donne un certain nombre de valeurs qui sont plus que jamais d'actualité." André Delpuech

►“L'envolée des bustes” se trouve au Musée de l'Homme à Paris. Retrouvez plus d'informations sur le buste de Saïd Abdallah du Musée de l'Homme.

Une série produite par Tao Favre, réalisée par Vincent Decque

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