La Chine, laboratoire des super apps

L'influenceuse Viya dans son studio à Hangzhou en mai 2020 lors d'un live sur la plateforme de diffusion en direct Taobao.
L'influenceuse Viya dans son studio à Hangzhou en mai 2020 lors d'un live sur la plateforme de diffusion en direct Taobao. ©Getty - VCG / Contributeur
L'influenceuse Viya dans son studio à Hangzhou en mai 2020 lors d'un live sur la plateforme de diffusion en direct Taobao. ©Getty - VCG / Contributeur
L'influenceuse Viya dans son studio à Hangzhou en mai 2020 lors d'un live sur la plateforme de diffusion en direct Taobao. ©Getty - VCG / Contributeur
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Les GAFAM en rêvent, Tencent l'a fait : en Chine, des applications comme WeChat ou AliPay proposent une myriade de services tiers intégrés, et ce sans quitter leur plateforme ne serait-ce pour une seconde. Les super apps sont-elles l'avenir des applications pour smartphones ?

Viya, star déchue du télé-achat

“Les jolies filles ne sont pas toujours heureuses, et les garçons intelligents sont rarement beaux.” C'est un proverbe chinois que je vous offre de méditer en l'honneur de la belle Viya, Huang Wei de son véritable nom, animatrice star du commerce en ligne asiatique sur Taobao Live, disparue des réseaux depuis que Pékin lui a imposé 210 millions de dollars d’amende pour avoir omis de déclarer quelques autres millions de revenus. Une nouvelle pierre lancée par les autorités morales du PCC contre les influenceurs qui pervertissent le bon peuple en étalant leurs richesses sur les réseaux sociaux, une parmi les 20 000 déjà visées par la répression fiscale et qui ont depuis été effacés numériquement : les disparus du web.  

Mais si “les oiseaux ne laissent qu'un chant éphémère ; l'homme passe, mais sa renommée survit“ et l’affaire Viya nous introduit au cœur d’une machine économique en pleine expansion : Alibaba et sa chaîne de télé-achat, soit le monde hybride du commerce et du spectacle alliés sur une plateforme où non seulement on fait ses courses mais en plus   on tchatte, on s’amuse, et on se divertit, le tout dans un univers virtuel unique, sans avoir à changer chaque fois d’application. 

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Et c’est dans cette petite cheville technologique, dans ce maigre gain de temps, dans cette minuscule fatigue du pouce que l’on s’épargne que réside le succès économique des réseaux sociaux chinois.  

WeChat, la reine des super apps

Evidemment chaque brin d'herbe a sa part de rosée et différentes plateformes coexistent encore mais elles ont toutes progressivement adopté une architecture nouvelle qui fait défaut à notre écosystème numérique : ce ne sont plus des apps, des applications, mais des super apps, le grade au-dessus. La super app par excellence, c’est WeChat : l’application qui les gouverne toutes et qui propose à son milliard d’utilisateurs quotidiens des millions de mini-applis. WeChat, c’est à la fois WhatsApp, Paypal, Tinder, Oui SNCF et Vinted, de quoi envahir largement la vie quotidienne des Chinois.  

L'expérience est un peigne pour les chauves, mais il reste difficile de comprendre ce qu’attend la Silicon Valley pour proposer à son tour plusieurs services en une seule application...

La tech américaine se greffe sur le mouvement

"Avec le temps et la patience, la feuille du mûrier devient de la soie…", déjà Uber propose aussi bien des taxis que de la nourriture, TikTok inclut des options d’achat et Spotify commence à installer des salles de conversation en ligne, mais c’est Facebook, Meta pardon, qui semble le plus avancé : en Inde, l’entreprise expérimente des prêts bancaires ; en Amérique latine, elle répertorie les entreprises locales… 

Loin des yeux des régulateurs occidentaux, qui goûtent peu l'extrême concentration, Meta et les autres se transforment ainsi eux aussi en grande porte d’entrée du monde virtuel.  

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