Election de Ferdinand Marcos Junior, retransmis en direct sur Tiktok ©AFP - JAM STA ROSA
Election de Ferdinand Marcos Junior, retransmis en direct sur Tiktok ©AFP - JAM STA ROSA
Election de Ferdinand Marcos Junior, retransmis en direct sur Tiktok ©AFP - JAM STA ROSA
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Résumé

En octobre dernier, Arnel Agravante un Youtubeur philippin expliquait à ses abonnés d'où vient la fortune de Ferdinand Marcos Junior BongBongMarcos, fils du dictateur et aujourd’hui élu président des Philippines. La désinformation sur les réseaux lui a permis d'obtenir le pouvoir.

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Son père, le dictateur Ferdinand Marcos , qui a dirigé le pays pendant 14 ans avant d’en être chassé en 1986, n'aurait pas volé l'argent du gouvernement, comme le démontrent quantité de travaux historiques et de dossiers juridiques révélant les crimes et les abus de la loi martiale, ainsi que la quasi-banqueroute de l’économie philippine. "Non," dit le Youtubeur, "si Marcos senior a amassé une fortune colossale, c’est qu’il a reçu des mains d'une très riche famille philippine, une très grosse quantité d’or en échange de les avoir défendu lorsqu’il était avocat."

Cette gigantesque fausse information a beau avoir été décortiquée et contredite par des multitudes d’enquêtes sérieuses, rien n'y fait. Agravante, le youtubeur n’est pas le seul a propagé cette fable. TikTok a beaucoup contribué à sa dissémination dans plusieurs de vidéos festives et musicales où plane l’idée que Bongbong Marcos redistribuera sa fortune aux philippins et faisant passer le règne impitoyable de son père pour une époque d’âge d’or.

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Sur Tiktok, le Hashtag "BonbongMarcos" cumule plus de 3 milliards de vues, et le hashtag "BBM" pour BonbongMarcos plus de 9 milliards. A titre de comparaison, les mêmes types de montages réalisé pour la promotion du président ukrainien Zelensky ne recueillent que 1,8 milliards de vues dans le monde.

Les experts philippins n’ont aucun doute : la campagne électorale a été alimentée par des usines à trolls locales. Comme le raconte le Los Angeles Times, les trolls ont exploité des comptes anonymes qui publient du contenu pro-Marcos de Facebook et YouTube sur TikTok. Lorsqu'un compte met en ligne une nouvelle vidéo, des milliers d'autres la diffusent également et cela déclenche l'algorithme de Tiktok pour l'envoyer à davantage de flux d'utilisateurs.

Pire, toujours selon le Los Angeles Times, un stratège politique basé à Manille a déclaré sous couvert d’anonymat avoir payé les influenceurs TikTok entre 95 et 570 $ pour chaque clip qu'ils publient d'eux-mêmes portant des accessoires de campagne, chantant un jingle de campagne ou demandant aux internautes de voter pour son candidat.

La désinformation est si répandue aux philippines que Sénat l’avait même officiellement reconnu en 2018. Le New York Times rapporte d’ailleurs que chez Facebook, les Philippins sont perçues "dans l’épidémie mondiale de désinformation, comme le patient zéro."

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58 min
Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Elisa Verbeke
Collaboration