L'Université de Pékin le 16 mai 2022, soumise à de fortes restrictions sanitaires
L'Université de Pékin le 16 mai 2022, soumise à de fortes restrictions sanitaires
L'Université de Pékin le 16 mai 2022, soumise à de fortes restrictions sanitaires ©AFP - Noel Celis
L'Université de Pékin le 16 mai 2022, soumise à de fortes restrictions sanitaires ©AFP - Noel Celis
L'Université de Pékin le 16 mai 2022, soumise à de fortes restrictions sanitaires ©AFP - Noel Celis
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Résumé

À Pékin, les étudiants se rebellent contre les mesures sanitaires jugées inadaptées. Le gouvernement tente de censurer tous les messages de rébellion postés sur les réseaux sociaux, mais les Chinois redoublent de créativité pour pouvoir s'exprimer.

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Ce sont les Chinois expatriés, surtout aux États-Unis, qui s'en font le relais. Ils postent sur les réseaux sociaux accessibles en Occident, comme Twitter et Facebook, des vidéos de contestation de la politique "zéro Covid", qui est présentée en Chine comme une réussite face aux millions de morts comptabilisés dans le reste du monde.

Dimanche 15 mai à Pékin, la métropole de 20 millions d'habitants qui n'a enregistré qu'un millier de cas de Covid au cours des dernières semaines, des centaines d'étudiants de la prestigieuse université de Pékin ont protesté contre un renforcement des mesures anti-Covid, un geste de défi inhabituel dans cet établissement ultrasensible aux yeux du pouvoir chinois.

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Sur des vidéos dont le contenu a été vérifié par l'AFP, on peut voir des étudiants répéter des slogans et conspuer un responsable universitaire. Les étudiants venaient d'abattre une palissade que l'université avait élevée pour les empêcher de quitter leur résidence et de commander des repas. Dans les commentaires de la vidéo, fortement relayée aux États-Unis, les internautes reprochent à Pékin de traiter les habitants comme des animaux.

Car la grogne monte, selon la BBC en chinois sur Twitter, nombreux sont les signes montrant que la censure chinoise est en train de supprimer à tour de bras les vidéos de la rébellion des étudiants pékinois. Les autorités chinoises sont d'autant plus vigilantes que cette université de Peita, comme est surnommée l'université de Pékin, fut en 1989 le berceau des sanglantes manifestations de Tiananmen.

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Sur les réseaux, les Chinois débordent néanmoins d'ingéniosité pour briser la censure en ligne. Par exemple, si une photo ou une vidéo est effacée par les censeurs, les internautes en rognent les bords et inversent l'image avant de la republier afin que les robots de filtrage munis d'intelligence artificielle ne l'identifient pas une seconde fois.

Ces robots n'ont pas réussi à empêcher le mois dernier la diffusion virale d'une vidéo intitulée Voix d'avril, qui compilait en six minutes des récits d'habitants de Shanghai en situation de détresse face au confinement. En modifiant très légèrement cette vidéo, les internautes sont parvenus à déjouer les logiciels de filtrage, lesquels ne pouvant dans un premier temps identifier et censurer la version originale. Le combat a duré plusieurs heures avant que les autorités effacent l'ensemble des versions en circulation.

Mais des millions de Chinois avaient eu le temps de voir cette vidéo. Alors scandalisés par la censure, nombre d'internautes ont ensuite partagé sur le réseau social WeChat des clips de deux chansons contestataires du People Sing, de la comédie musicale Les Misérables et Another Brick in the Wall du groupe Pink Floyd. Selon Lüqiu Luwei, une ancienne journaliste qui enseigne désormais à l'Université baptiste de Hong Kong, les habitants confinés sont désormais prêts à payer le prix pour diffuser des opinions critiques sur Internet.

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Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Elisa Verbeke
Collaboration