Un navire charge du gaz naturel liquéfié provenant de l'usine de gaz naturel liquéfié du Nigeria, le 12 octobre 2004, sur Bonny Island, au Nigeria.
Un navire charge du gaz naturel liquéfié provenant de l'usine de gaz naturel liquéfié du Nigeria, le 12 octobre 2004, sur Bonny Island, au Nigeria. ©Getty - Jacob Silberberg
Un navire charge du gaz naturel liquéfié provenant de l'usine de gaz naturel liquéfié du Nigeria, le 12 octobre 2004, sur Bonny Island, au Nigeria. ©Getty - Jacob Silberberg
Un navire charge du gaz naturel liquéfié provenant de l'usine de gaz naturel liquéfié du Nigeria, le 12 octobre 2004, sur Bonny Island, au Nigeria. ©Getty - Jacob Silberberg
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Les énormes réserves de gaz du Nigéria suscitent les convoitises. Deux pays, le Maroc et l'Algérie, souhaiteraient construire leur propre gazoduc intercontinental pour acheminer du gaz nigérian vers l'Europe, en transitant par leur pays respectif.

Avec
  • Francis Perrin Chercheur, spécialiste des problématiques énergétiques

Dans le contexte de la guerre en Ukraine et suite à la volonté affichée de s’affranchir du gaz russe à l’horizon 2027, l’Union Européenne cherche à diversifier ses approvisionnements en gaz et se tourne notamment vers l'Afrique.

Courtisée par les pays européens, l’Algérie souhaite renforcer son positionnement sur l’échiquier gazier international en acheminant plus de 30 milliards de mètres cube de gaz par an depuis le Nigeria. En juillet, Alger a signé avec le Nigeria et le Niger un mémorandum d’entente du projet de gazoduc transsaharien, qui permettrait d’acheminer du gaz nigérian vers l’Europe. Sauf que l’Algérie n’est pas la seule à lorgner les ressources gazières du Nigéria. Le 15 septembre, c’est au tour du Maroc de signer un mémorandum sur un projet de gazoduc reliant le Nigeria pour approvisionner l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

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Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont au plus mal, un climat de guerre froide s’est installé autour du sujet épineux du Sahara occidental, les deux pays sont en rupture diplomatique depuis un an. La concurrence sur l’approvisionnement de l’Europe en énergie devient un enjeu majeur pour Rabat et Alger qui veulent se rendre indispensables.

Forces et faiblesses des deux projets

Qui a le plus de chance de l'emporter ? Difficile de se prononcer pour Francis Perrin, les deux projets de pipelines, à plusieurs dizaines de milliards d'euros chacun, comportent des avantages et des faiblesses. Le projet de gazoduc algérien semble le plus avancé, avec un tronçon achevé à 70 % entre le Delta du Niger, où se trouvent les gisements de gaz, et le nord du Nigéria. Le tracé est plus direct que son projet concurrent marocain et ne traverse que trois pays contre minimum douze pour le Nigeria-Morocco Gas Pipeline (NMGP). Mais cet avantage est en même temps une faiblesse, certes le Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP) algérien nécessite moins de négociations à établir avec les pays traversés, mais il n'offre qu'un seul débouché : l'Europe. Le NMGP marocain alimenterait quant à lui une douzaine de pays en gaz sur son parcours, autant de débouchés et de financeurs potentiels, la Cedeao est d'ailleurs partie prenante au projet.

Chacun des parcours comporte une difficulté majeure. Pour le TSGP algérien, il s'agira de sécuriser le tracé du pipeline qui traversera des zones dans lesquelles sont actifs de nombreux groupes armés, parmi lesquels Boko Haram ou encore l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Concernant le NMGP marocain, le parcours offshore dans l'océan atlantique démultiplie les coûts.

Les indispensables investisseurs européens

« Personne ne trouve de financements si on n'a pas de marché », Francis Perrin précise que la condition sine qua non à la réalisation d'un projet de gazoduc réside dans les financements, et dans le cas précis de ces deux pipelines, dans les financements européens. Mais pour que les investisseurs s'engagent, il faut au préalable que ces gazoducs répondent à des marchés sécurisés, c'est-à-dire dans ce cas, des contrats ou commandes gazières des pays européens.

Mais l'Europe justement ne semble pas se prononcer pour des raisons diplomatiques, ne voulant froisser aucun des deux partis. Et l'urgence des besoins en approvisionnement après la défection du gaz russe semble porter vers des projets courts ou de moyens termes. Son objectif est de répondre à l'hiver qui vient, plutôt que de s'engager sur des projets de gazoducs transcontinentaux, dont la mise en œuvre, si elle se fait, mettrait plusieurs années.

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Vivien Demeyère
Réalisation
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration