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Finalement tous les groupes armés ont signé, en trois phases. Reste à appliquer les mots français sur le terrain malien. Les enjeux sont massifs : la décentralisation de l’Etat malien, la démobilisation ou intégration des groupes armés, et le développement économique du Nord Mali, la zone que les touaregs appellent Azawad – zone tribale et fief historique de la rébellion touarègue.

S'agirait-il d'une réussite militaire en trompe l’œil et que peuvent apporter les 32 pages de l'accord à cet égard? Le mandat de la MINUSMA est prolongé jusqu'en juin 2016...

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Et les mots de l'expert indépendant de l'ONU Suliman Baldo après 10 jours de visite étaient plus qu'ambigus : l'accord est certes « encourageant » ; mais il côtoie une situation où prévalent toujours « les attaques terroriste en hausse qui s'étendent au Sud et au Centre du Pays, les groupes politico militaires, le trafic de drogue international et la criminalité transfrontalière »...

Xavier Martinet

A boy holds an electoral campaign poster for Malian presidential candidate Ibrahim Boubacar Keita (known as IBK) in Bamako
A boy holds an electoral campaign poster for Malian presidential candidate Ibrahim Boubacar Keita (known as IBK) in Bamako
© Reuters

Au Mali , le président, Ibrahim Boubakar Keïta a fêté le 4 septembre dernier, ses 2 années au pouvoir. Quel bilan dresser de son mandat ? Pour le chef de file de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, il est peu reluisant, comme il le confirme au micro d'Eric Topona, sur le site de la radio Deutsche Welle (interview - audio de 5’20’’).

Au Niger , le politologue nigérien Ahmadou Boubakar Hassane estime que la grande expérience de son pays dans la lutte contre les groupes armés rebelles, dont Boko Haram devenue une filiale de l'Etat Islamique, pourrait servir IBK à aider les Maliens à se réconcilier.

**En Algérie, ** on salue le président du parti malien Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance qui s’est réjoui du rôle joué par le gouvernement algérien dans la signature de l'accord de paix entre les parties maliennes et qui a ouvertement plaidé pour un "retour de plus de 120.000 déplacés maliens qui se trouvent actuellement réfugiés dans les pays voisins" après avoir fui leurs villages en raison des combats meurtriers qui les menaçaient. « Sans le refus formel opposé par l'Algérie à la création d'un Etat touareg qui allait s’établir à ses frontières, le Mali aurait aujourd'hui disparu », a-t-il ajouté. Il a, en outre, dénoncé les visées impérialistes ciblant le continent africain, avertissant sur une nouvelle forme de recolonisation pour siphonner toutes les richesses du pays mises en œuvre à travers la destruction et la partition des Etats-Nations.

En Allemagne , on se désole que cet accord de paix, conclu en juin dernier entre les divers groupes rebelles touareg et le gouvernement et ses milices alliées, n'a pas vraiment permis de mettre fin aux violences subies par les populations locales. Deux mois à peine après la signature, une milice pro gouvernementale prenait le contrôle d'Anéfis, située à 120 km au sud de Kidal... ce que les rebelles touareg ont évidemment interprété comme une rupture de l'accord qu'il avaient signé et vis à vis duquel ils étaient déjà très sceptiques. La force d'interposition d el'Onu, la MINUSMA, avait finalement réussi à convaincre la milice gouvernementale de se retirer, mais, depuis, la méfiance entre les différentes factions n'a fait que s'amplifier. En outre, différents groupes islamistes ont élargi leurs actions et procédé à des attentats contre l'armée malienne et les casques bleus dans des régions jusqu'ici calmes comme dans la région de Mopti.

**En Chine, ** on est bien déterminé àcontinuer d’accompagner le gouvernement d’IBK dans ses efforts pour sauvegarder l'intégrité territoriale et l'unité nationale du pays. Et Abdourhamane Sylla, ministre des Maliens de l'extérieur, a retourné la politesse en déclarant que "la Chine a toujours cherché à développer ses relations d'amitié et de coopération avec tous les pays du monde et à porter sa contribution à la sauvegarde de la paix et de la stabilité du monde et à la promotion du développement et du bien-être commun de l'humanité".

Aux Etats-Unis , on note que l’allié français est décidé à octroyer une nouvelle aide d'environ 300 millions d'euros supplémentaires au Mali. Et, si Boubacar Keïta a déjà été reçu à plusieurs reprises en France depuis son élection en 2013, il a droit cette fois à tous les fastes élyséens d'une visite d'Etat.

Car,** en France** , Ibrahim Boubacar Keïta est en visite d’État à Paris : un pays qu’il connaît bien pour y avoir passé une bonne partie de sa jeunesse. Pensionnaire pendant ses études, il se rendait les week-ends dans une famille d’accueil où séjournait également Martine Aubry. Vice-président de l’Internationale socialiste à partir de 1999, il a fait ainsi la connaissance de François Hollande, de Manuel Valls et de Laurent Fabius. Cette visite fut également l’occasion pour les dirigeants français d’évoquer des sujets qui fâchent. Des accusations à l’encontre de Michel Tomi, considéré comme le dernier parrain de la « Corsafrique », laissent entendre que ce dernier n’aurait pas hésité à offrir à IBK des voitures de luxe, des chambres d’hôtels dans de prestigieux palaces de Marseille ou Paris, ou même des soins médicaux. Mais le site Médiapart rappelle que «malgré quelques ratés et une méfiance des entourages, François Hollande et IBK ont encore besoin l’un de l’autre». Le président français a besoin de conserver un allié à Bamako pour sa politique étrangère et la lutte contre l'Etat Islamique, tandis que le chef d'Etat malien ne peut se passer de l'aide économique de la France...