Négociations UE - Iran : le commerce, instrument ou finalité ?

  Hassan Rouhani et Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Istanbul vendredi à l'occasion de la conférence de l'Organisation de Cooperation Islamique(OIC)
  Hassan Rouhani et Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Istanbul vendredi à l'occasion de la conférence de l'Organisation de Cooperation Islamique(OIC) ©AFP - Kayhan OZER / POOL
Hassan Rouhani et Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Istanbul vendredi à l'occasion de la conférence de l'Organisation de Cooperation Islamique(OIC) ©AFP - Kayhan OZER / POOL
Hassan Rouhani et Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Istanbul vendredi à l'occasion de la conférence de l'Organisation de Cooperation Islamique(OIC) ©AFP - Kayhan OZER / POOL
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« Pas suffisant » : c’est ce qu’a déclaré hier le Ministre iranien Mohamed Javad Zarif à Miguel Canete. Le Commissaire européen était venu à Téhéran pour négocier des facilités commerciales contre un maintien de l’Iran dans l’accord sur le nucléaire.

Avec
  • Sylvie Matelly Economiste et directrice adjointe de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

Dans ce jeu inédit et ambigu, le commerce est un levier politique : peut-être aussi un paravent ?

L’Iran plein d’espoir en début de week-end, déçu le lendemain : le contraste est net entre les propos du Vice Président Salehi qui voulait voir « récompensés » les « efforts » européens et la position de Javad Zarif hier, insatisfait des propositions européennes. Sur le plan commercial, la négociation paraît claire : la perspective du retour des sanctions dites « secondaires » le 6 août et le 4 novembre force les entreprises à choisir entre commercer avec les Etats-Unis ou avec l’Iran. Plusieurs entreprises européennes (Engie, Total) ont déjà annoncé la suspension de leurs activités. L’UE cherche donc à proposer à Téhéran plusieurs mécanismes de compensation sous forme d’incitations et garanties financières publiques aux entreprises européennes.

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Jusqu’ici cependant, les propositions européennes n’ont pas pu «  rassurer un peu l’Iran », comme le disait un haut responsable à Reuters.  

De plus le contexte géopolitique rend la négociation ambigüe. D’une part l’Iran a besoin d’une soupape économique et en même temps cet épisode offre une opportunité aux « faucons » de Téhéran de justifier une reprise du programme nucléaire ; d’autre part, les intentions des Etats-Unis ne sont pas claires : obtenir une renégociation de l’accord incluant le programme balistique iranien, ou faire mettre un genou à terre au concurrent régional du Golfe et d’Israël ?   

Le jeu est à plusieurs dimensions : Washington – qui présente aujourd’hui sa nouvelle stratégie pour l’Iran – semble forcer la main à l’Union Européenne pour renégocier un accord global. Mais c’est aussi une manière de tordre le bras à l’UE dans la négociation sur les taxes sur l’acier et l’aluminium, pour laquelle les Etats-Unis et la Chine viennent juste de s’entendre. Pour les européens, c’est donc un triple défi : vis-à-vis de l’Iran, troquer des assurances commerciales contre un maintien dans l’accord ; vis-à-vis de leur capacité financière à supporter les sanctions américaines éventuelles sur leurs entreprises ; face aux Etats-Unis et au monde, l’attitude de l’UE est symbolique, la France en fait même une bataille déterminante : « L’Europe est à la croisée des chemins : soit elle affirme sa souveraineté (…) soit elle se couche » déclarait le Ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, qui craignait qu’un accord sino-américain ne se fasse « sur le dos de l’UE ».

Les entreprises de l’Union Européenne restent prudente. Mais les autorités de l’UE aussi : pour l’instant, elles ont rétabli la « loi de blocage », imaginée en 1996 pour contourner l’embargo sur Cuba mais jamais utilisée. Et elles ne se sont toujours pas résolues à utiliser « l’arme atomique », solution la plus simple : autoriser les transactions avec l’Iran directement en Euros.

De ce point de vue-là, l’enjeu commercial est aussi historique : modifier le « système » de Bretton Woods, alors que 75 % des réserves mondiales sont encore en dollars. Dans cette négociation, le commerce est mis en avant : est-il l’instrument ou la finalité ?

@TEnjeux + @XXMonde + Sylvie Matelly @matellysy   

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Carte avec portée estimée des principaux missiles balistiques iraniens selon l'IISS (International Institute for Strategic Studies)
Carte avec portée estimée des principaux missiles balistiques iraniens selon l'IISS (International Institute for Strategic Studies)
© AFP - Thomas SAINT-CRICQ, Jean Michel CORNU
Carte de l'Iran localisant les principaux champs pétrolifères et gaziers
Carte de l'Iran localisant les principaux champs pétrolifères et gaziers
© AFP - Gal ROMA, Laurence CHU

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