Le brise-glace nucléaire russe Arktika rentrant au port de Saint Pétersbourg en décembre 2019.
Le brise-glace nucléaire russe Arktika rentrant au port de Saint Pétersbourg en décembre 2019. ©AFP - OLGA MALTSEVA
Le brise-glace nucléaire russe Arktika rentrant au port de Saint Pétersbourg en décembre 2019. ©AFP - OLGA MALTSEVA
Le brise-glace nucléaire russe Arktika rentrant au port de Saint Pétersbourg en décembre 2019. ©AFP - OLGA MALTSEVA
Publicité

Un méthanier russe forçant le passage des glaces arctiques en plein hiver, un satellite envoyé par Moscou pour surveiller le climat au-dessus du cercle polaire.... Les Russes se positionnent comme "patrons" de l'Arctique et de ses ressources. Entretien avec la chercheuse Camille Escudé-Joffres.

Avec
  • Camille Escudé Géographe, chercheuse au Centre d’études des relations internationales (CERI/Sciences Po) et au Groupes d’études géopolitiques (GEG/ PSL)

La Russie a commencé par tracer une route, une vraie, façon Sphinx des glaces de Jules Verne, en faisant traverser l’Arctique à un méthanier, navire transportant du gaz naturel liquéfié donc, il y a quelques jours en plein cœur de l’hiver. Le bateau a pu faire la route entre la Chine et Rotterdam en un peu plus de 11 jours, quand les voies navigables habituelles en auraient nécessité trois fois plus, en passant par le sud de l’Inde et le canal de Suez.

De nouvelles routes en Arctique, ce sont de nouvelles possibilités de transport maritime pour ceux qui voient dans le réchauffement climatique... une opportunité. Ce sont aussi de nouveaux accès aux gisements encore inexploités d’hydrocarbures.

Publicité

En août 2007, la Russie plantait un drapeau blanc-bleu-rouge en titane, par 4 260 mètres de fond, à la verticale du Pôle Nord. Cette fois, c’est un satellite qu’elle vient de lancer au-dessus de la région, pour « surveiller le climat ».

Vladimir Poutine ne nie plus le changement climatique. Son objectif est de mieux comprendre ce changement... pour en profiter, profiter de toutes les opportunités que cela peut engendrer, mais également de comprendre les risques associés au changement climatique puisque la fonte de la banquise est une réalité tangible et cela signifie autant d'opportunités en termes de navigation. Mais la fonte du pergélisol a aussi des conséquences graves en termes d'effondrement des villes, des infrastructures, d'érosion côtière, de libération du méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le gaz carbonique. Donc, ce satellite a le but à la fois d'espérer profiter de ce changement climatique, mais aussi d'en contrôler ou d'en limiter les effets concrets sur les sociétés arctiques russes.    Camille Escudé-Joffres

On parle beaucoup de la stratégie russe de réinvestissement dans le domaine militaire, mais la lecture russe de l'Arctique est avant-tout fondée sur les potentialités économiques et commerciales de la région. Et c'est vrai que sous l'impulsion de Poutine, cette lecture s'est vraiment imposée dans l'Arctique russe. La raison principale, c'est que c'est une région éminemment stratégique, notamment pour la production de gaz. On estime aujourd'hui que 20% du PIB russe et des exportations totales viennent de la région.    Camille Escudé-Joffres

58 min

L'équipe

Julie Gacon
Julie Gacon
Julie Gacon
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Marine Beccarelli
Collaboration