Défilé des forces de polices serbes de Bosnie dans la ville de Banja Luka en janvier 2019 à l’occasion du « jour de la République Srpska »
Défilé des forces de polices serbes de Bosnie dans la ville de Banja Luka en janvier 2019 à l’occasion du « jour de la République Srpska » ©AFP - STR
Défilé des forces de polices serbes de Bosnie dans la ville de Banja Luka en janvier 2019 à l’occasion du « jour de la République Srpska » ©AFP - STR
Défilé des forces de polices serbes de Bosnie dans la ville de Banja Luka en janvier 2019 à l’occasion du « jour de la République Srpska » ©AFP - STR
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Le leader serbe de la présidence tripartite en Bosnie-Herzégovine est passé des menaces de sécession, aux actes. L'Union européenne est divisée, et les Serbes de Bosnie, qui ne souhaitent pas la guerre contrairement à leur dirigeant, très inquiets.

Avec
  • Aline Cateux Doctorante en anthropologie sociale, membre du laboratoire d’Anthropologie Prospective de l’Université-Louvain-la-Neuve et membre de la rédaction du Courrier des Balkans

Il a fallu que le Conseil de sécurité de l’ONU vote la semaine dernière une résolution qui renouvelle, comme chaque année, le mandat de l’Eufor - l’opération de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine- , pour raviver les tensions.

Ce qui est d’habitude une simple formalité, s’est transformée cette fois en casus belli après des semaines de surenchère nationaliste de la part du représentant politique des Serbes de Bosnie. Rappelons que la Bosnie est dotée d’une présidence tripartite : un président pour chaque communauté : bosniaque, croate et serbe. Ce dernier, Milorad Dodik annonce depuis l’été dernier son intention de faire voter des lois qui sortiraient de fait l’entité serbe de Bosnie, du socle commun de l’Etat…

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Cela fait des mois que les ethno nationalistes au pouvoir en Bosnie-Herzégovine, pas seulement Milorad Dodik, entretiennent les tensions entre communautés, leur projet politique semble se concrétiser petit à petit.

Aline Cateux est doctorante en anthropologie sociale, membre du laboratoire d’Anthropologie Prospective IACCHOS/UCL.

Les menaces de sécession de Milorad Dodik remontent à une quinzaine d'années; simplement là, ce ne sont plus des menaces. Il est passé à l'action. Parmi les lois soumises au vote du Parlement de la République serbe, la recréation de l'armée des Serbes de Bosnie a immédiatement été pour tout le monde le signal qu'on n'est plus dans les intentions, mais le passage aux actes.       Aline Cateux

Jusqu'à présent on pouvait interpréter les éternelles menaces de Dodik comme une rhétorique préélectorale, car elles arrivaient souvent dans les années d'élections. Tout le monde pensait : il remobilise son électorat. Là, les élections devaient avoir lieu en octobre 2022 mais on est en train de faire une crois dessus. Donc on n'est plus dans cette mobilisation pré-électorale. Et puis, il y a des signaux politiques très forts, de renforts de l'extérieur qui viennent aussi puisqu'en 48 heures, Milorad Dodik a rencontré Viktor Orban, le premier ministre hongrois, et Janez Jansa qui est le premier ministre slovène, lui aussi très à droite et qui est surtout à l'origine de cette demande publique qui semblait très naïve au printemps dernier, cette proposition de continuer de démembrer la Bosnie-Herzégovine sans verser de sang. Ce document a circulé et est devenu immédiatement une hypothèse de travail pour tous les ethno-nationalistes bosniens.    Aline Cateux

On s'intéresse beaucoup et c'est normal, aux réactions, traumatismes et peurs des gens qui ont subi principalement le conflit il y a trente ans dans la Fédération. Mais on ne va pas beaucoup voir les Serbes de Bosnie pour autre chose que leur demander leur avis sur le génocide de 95. C'est très rare qu'on les interroge sur la politique sociale. Or, quand on arrive à discuter un petit peu avec les gens, on s'aperçoit très vite qu'eux aussi, ce dont ils ont envie, c'est d'une vraie justice sociale. Et que ces menaces permanentes qui pèsent également sur leur avenir s'arrêtent. En tout cas, on sait déjà que les vétérans n'iront pas se battre et que beaucoup ne suivent pas du tout ces menaces de sécession de Dodik. Mais ils n'ont pas de moyen de réaction pour le moment, car la répression en République serbe est extrêmement violente sur qui s'oppose au pouvoir de Dodik.     Aline Cateux

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L'équipe

Julie Gacon
Julie Gacon
Julie Gacon
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration