Rapatrier les djihadistes : fardeau politique et levier diplomatique ?

Deux femmes jihadistes et un enfant né sur place, photographiés la semaine dernière dans le camp d'al-Hol, du governorat syrien d'al-Hasakeh à la frontière irakienne
Deux femmes jihadistes et un enfant né sur place, photographiés la semaine dernière dans le camp d'al-Hol, du governorat syrien d'al-Hasakeh à la frontière irakienne ©AFP - FADEL SENNA
Deux femmes jihadistes et un enfant né sur place, photographiés la semaine dernière dans le camp d'al-Hol, du governorat syrien d'al-Hasakeh à la frontière irakienne ©AFP - FADEL SENNA
Deux femmes jihadistes et un enfant né sur place, photographiés la semaine dernière dans le camp d'al-Hol, du governorat syrien d'al-Hasakeh à la frontière irakienne ©AFP - FADEL SENNA
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Au fil des batailles contre Daech en Syrie, les FDS accumulent dans des camps les prisonniers djihadistes. Le retrait annoncé des américains rend plus précaire leur situation sécuritaire et les combattants étrangers pourraient être jugés dans leur pays d'origine. Washington y pousse, Paris hésite.

Avec
  • Wassim Nasr Journaliste à France 24, spécialiste des mouvements djihadistes

Le 19 décembre 2018, Donald Trump a annoncé par un tweet le retrait des troupes américaines en Syrie, estimant "avoir vaincu l'Etat Islamique". Cette annonce a bouleversé les perspectives géopolitiques et judiciaires à l'échelle internationale. Où faut-il juger les ex-djihadistes de l'Etat islamique (EI) : en Irak, en Syrie ou dans leur pays d'origine ?

Le 29 janvier 2019, le Quai d'Orsay, auparavant fermement opposé au rapatriement des ressortissants, reconsidère sa position. L'option la plus probable serait de ramener aussi bien les enfants que les hommes et les femmes liés à l'EI. Pour l'heure, ils seraient au nombre de 130 mais ce chiffre peut encore évoluer.

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Une "opération internationale coordonnée" pour l'exfiltration des ex-combattants de l'EI

Débute alors un casse-tête politique, sécuritaire et judiciaire pour le gouvernement français. Le départ prochain des 2000 soldats américains va aggraver l'instabilité dans la région du nord-est de la Syrie. L'Elysée choisit donc d' "éviter qu'un certain nombre de jihadistes se retrouvent dans la nature et se dispersent" selon les mots de la ministre des Armées, Florence Parly. La droite et l'extrême-droite ont rapidement dénoncé "l'irresponsabilité" des autorités françaises et le rejet de l'opinion publique rend la tâche difficile pour le gouvernement.

L'urgence de la situation s'explique par l'appel des Etats-Unis au rapatriement des ex-combattants de l'EI le lundi 4 février. Des centaines de terroristes étrangers, originaires d'une dizaine de pays, sont détenus par les combattants arabo-kurdes des Forces démocratiques syriennes. Une "opération internationale coordonnée", et non pas conjointe comme le souligne Le Monde, devrait permettre aux différents pays concernés de décliner sous différents formats le rapatriement des ressortissants, comme l'expulsion générale, sans prendre en compte la nationalité des individus.

En savoir plus : Le retour des djihadistes
Le Journal des idées
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Cela fait plus d'un an qu'on est quelques uns à prévenir que la situation géopolitique dans le nord syrien est instable et imprévisible et il n'y a aucune visibilité sur les six mois à venir. Dès que le premier ressortissant français a été arrêté, il aurait fallu trouver des solutions de rapatriement et de prise en charge. Cela n'a pas été fait car les hommes politiques ont craint l'opinion publique qui est largement majoritairement contre ce retour et ils n'ont pas pris le train le temps d'expliquer pourquoi ce retour serait la meilleure solution, pas en termes de droits de l'Homme mais en termes de sécurité. Wassim Nasr

Evolution des zones contrôlées par les jihadistes de l'Etat islamique (janvier 2015 et janvier 2019) en Syrie et en Irak
Evolution des zones contrôlées par les jihadistes de l'Etat islamique (janvier 2015 et janvier 2019) en Syrie et en Irak
© AFP - SIMON MALFATTO, SABRINA BLANCHARD, THOMAS SAINT-CRICQ

Pour les FDS, la mort définitive de l'EI n'est pas encore gagnée. Dans le sud de la Syrie, à Baghouz, le dernier village du "califat" est habité par plusieurs centaines de combattants, le nombre de civils reste inconnu selon les commandants kurdes. Trois menaces doivent cependant être retenues selon Dominique Trinquand sur franceinfo : certains djihadistes ont réussi à s'exfiltrer depuis la frontière irakienne en direction de Palmyre. Du côté de la zone d'Idleb, un certain nombre de radicaux continuent à y vivre. Enfin, la question des femmes très radicalisées, vivant dans des camps, est un vrai enjeu sécuritaire. 

D'après un récent sondage d'Ifop pour Valeurs Actuelles, huit Français sur dix veulent abandonner les djihadistes à leur sort. L'opinion publique n'est donc pas prête d'accepter le retour des ressortissants sur le sol français, comme en témoigne ce reportage de France 3, tourné il y a un an dans l'agglomération de Lunel : 

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En France, environ 500 personnes étiquetées "terroristes islamistes" sont incarcérées, le système pénitentiaire se dit prêt à recevoir les prochains ressortissants. Les différents scénarios judiciaires envisagés devraient permettre d'évaluer et d'orienter vers différents régimes carcérales les djihadistes et leurs familles qui seront regroupés en petits groupes. La question de la sous-traitance judiciaire en Irak ou en Syrie pose problème car la justice française ne serait pas en mesure de juger une nouvelle fois les "revenants". 

Avant l'assaut final contre l'EI, la situation actuelle de Baghouz dans le sud syrien est un enjeu primordial pour connaître le nombre de djihadistes occidentaux restant

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