Des puéricultrices s'occupent d'enfants dans une crèche à Bordeaux.
Des puéricultrices s'occupent d'enfants dans une crèche à Bordeaux. ©AFP - JEAN-PIERRE MULLER
Des puéricultrices s'occupent d'enfants dans une crèche à Bordeaux. ©AFP - JEAN-PIERRE MULLER
Des puéricultrices s'occupent d'enfants dans une crèche à Bordeaux. ©AFP - JEAN-PIERRE MULLER
Publicité

La grève de ce lundi 5 septembre des agentes spécialisées des écoles maternelles (Atsem) réclamant une revalorisation salariale, met en lumière la situation de ces agents de la fonction publique, composée à 99% de femmes. On en parle avec Sophie Orange, Maître de conférence - Université de Nantes.

Avec
  • Sophie Orange maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Nantes

En savoir plus

Cette semaine, les Atsem étaient en grève en France. Seize mois après le Ségur de la Santé, ces agentes territoriales spécialisées des écoles maternelles réclament elles aussi la prime de 183 € mensuels, que le Ségur a déjà octroyée aux puéricultrices, aux aides-soignantes et aux aides à domicile. Fonctionnaire territorial de catégorie C composée à 99% de femmes, les Atsem demandent surtout que la pénibilité de leur fonction soit pleinement reconnue. Cette grève invite à s'interroger plus largement sur les conditions de travail de ces femmes, puisque ce sont en grande majorité des femmes qui, en milieu rural, exercent dans les métiers du soin. Certains disent les métiers du ‘’care’’. Un ouvrage écrit par Sophie Orange et Fanny Renard, qui a été publié en mai dernier aux éditions La Dispute. ‘’Des femmes qui tiennent la campagne’’ revient justement sur ces métiers fortement féminisés en portant la focale sur le contexte particulier de la campagne. Pour en parler, nous recevons l'une de ces autrices, Sophie Orange, Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Nantes.

Publicité

Une grève comme un symbole

« (…) ces femmes, ce sont elles qui tiennent ces services publics, ce qu'il reste des services publics en milieu rural. Et puis celles qui compensent aussi quand il y a absence de service public par leur engagement bénévole. Et donc la spécificité de ces emplois très féminisés, ces emplois du care, c'est que on leur refuse en fait une des formes de compétences, c'est à dire qu'on a l'impression, en fait, du fait de ce prolongement de la sphère domestique dans la sphère professionnelle, qu'il n'y a pas besoin de compétences spécifiques pour pouvoir les assurer. Or, il y en a bel et bien » nous explique Sophie Orange.

« (…) on entend dire que la campagne, c'est un lieu masculin parce que les hommes y sont dans les espaces visibles. Ils sont à l'extérieur, ils sont dans les cafés, ils sont dans les matchs de foot, ils sont à la chasse, ils sont à la pêche. Donc on les voit, on voit les hommes et on a l'impression que les femmes, elles, sont à la maison, à la campagne. Or, on se rend compte quand on travaille un peu plus précisément, eh bien, que les femmes, elles, tiennent tout un certain nombre de ce qu'on a appelé des institutions féminines, en fait à la campagne, et qui vont contribuer fortement à la permanence du lien social », selon Sophie Orange, justice n’est pas rendu aux femmes car moins elles sont moins visibles dans l’espace publique que les hommes alors qu’elles tiennent la plupart des services publiques ruraux, très féminisés.

Les métiers du ‘’care’’, populaire et féminin

Sophie Orange insiste sur le fait que ces métiers du care - c’est-à-dire le travail des auxiliaires de vie, des aides à domicile, des aides-soignantes, dont les fonctions sont de répondre à ces besoins élémentaires quotidiens – sont intrinsèquement liés aux classes populaire et aux femmes : « C'est ces dispositions, ces savoir-faire. (…) c'est quelque chose qui est très développé en fait dans les milieux populaires ruraux, parce que ces jeunes femmes, elles ont eu l'habitude très tôt soit de s'occuper de leurs jeunes frères et sœurs, mais aussi de s'occuper de leurs grands-parents, d'aller leur rendre visite, de leur tenir compagnie, de leur prodiguer des soins le cas échéant. Donc, le travail sanitaire profane, (…) c'est quelque chose qu'elles ont développé fortement pendant leur enfance et qui vont se retrouver en affinité avec ce qui est attendu ensuite dans ces formations du soin et du service à la personne ».

Les institutions sociales retiennent les femmes

Sophie Orange a étudié dans son ouvrage les institutions sociales qui exercent un immobilisme géographique de ces femmes : l’école, la famille, le marché du travail et le rôle des communes. « On a essayé de montrer en quoi elles avaient intérêt, à ce que des jeunes femmes, et bien avec des compétences spécifiques, avec un savoir-faire et des savoirs spécifiques, avec des ressources spécifiques, restent dans ces territoires et occupent ces métiers, prennent en charge des associations, puissent assurer du lien avec la famille, les grands parents et donc ainsi, par exemple, permettre le maintien à domicile d'un certain nombre de personnes âgées de occuper des postes à la pénibilité qui est assez forte ».

Cette grève des Atsem montre à quel point ces femmes sont indispensables selon la sociologue « quand le travail n’est pas fait ».

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration
Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée