Un salarié d'Acome contrôle la qualité d'un câble destiné à la connexion très haut débit
Un salarié d'Acome contrôle la qualité d'un câble destiné à la connexion très haut débit
Un salarié d'Acome contrôle la qualité d'un câble destiné à la connexion très haut débit ©AFP - JEAN-FRANCOIS MONIER
Un salarié d'Acome contrôle la qualité d'un câble destiné à la connexion très haut débit ©AFP - JEAN-FRANCOIS MONIER
Un salarié d'Acome contrôle la qualité d'un câble destiné à la connexion très haut débit ©AFP - JEAN-FRANCOIS MONIER
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Résumé

A l’origine, il y eut un grand plan national nommé France Très Haut Débit qui devait offrir à chaque foyer de France la fibre. Mais en 2022, on constate que les opérateurs ont pris du retard, et pire encore, que les derniers mètres de raccordement sont devenus presque impossibles à réaliser.

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Avec Ariel Turpin : délégué général de l’AVICCA : l’Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l'Audiovisuel.

Le déploiement de la fibre sur le territoire a débuté dès les années 2000. L'un des premiers territoires à se lancer dans la promesse d’internet à haut débit est la commune de Pau, accompagnée par le sénateur André Labarrère. En 2013, face à cette multiplication d’initiatives locales, le gouvernement lance un plan national pour coordonner et centraliser le déploiement de la fibre. Aujourd’hui, grâce à ce plan de coordination, la France est le pays d’Europe qui a le mieux réussi ce déploiement.

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Pourtant, des câbles trainent par terre, les armoires prévues pour l'équipement de la fibre restent ouvertes, certains clients en sont déconnectés parfois pendant un an, d'autres attendent depuis 4 ans l'arrivée du haut débit : "le nombre de plaintes est grandissant" déclare Ariel Turpin.

S'il existe des territoires ruraux bien couverts comme par exemple l'Aisne, la Bretagne ou l'Auvergne, dans l'ensemble des outre-mers à la métropole, "les remontées sont très critiques."

Paysage de la connexion très haut débit

Zones privées et zones publiques

En France, le déploiement de la fibre se partage entre opérateurs privés et opérateurs publics. Orange et SFR s’occupent de couvrir toutes les zones rentables et les collectivités, les zones non rentables. En chiffres, la zone publique concerne 44% des habitants mais en superficie, cela équivaut à 80% du territoire. Dans les zones privées, Orange s'occupe de 80% et SFR de 20%.

Dans les zones couvertes par les opérateurs publics, soit 28 000 communes pour environ 17 millions d'habitants, le plan de 2013 prévoit que la prise en charge se fasse a minima au niveau du département. Mais ce sont parfois les régions qui sont à la manœuvre. En Bretagne par exemple, le syndicat Mégalis a été créé pour accélérer le déploiement du très haut débit sur le territoire.

Zones très denses

Contre-intuitivement, les zones publiques sont souvent mieux connectées que les zones privées, comme par exemple en Corrèze à Tulle ou à Brive-la-Gaillarde : "des communes qui relèvent de la zone du privé ne sont toujours pas raccordées, alors que des petits villages jusqu'aux plus petits hameaux alentours le sont. C'est le cas dans l'Oise, dans le nord, dans le Pas de Calais, l'Alsace, le Val de Marne,..." explique Ariel Turpin.

Les zones d'initiatives publiques sont soumises à des contrats qui enjoignent aux prestataires des sanctions si non respectés ; tandis qu'en zones d'initiatives privées, les opérateurs n'ont pas de contraintes. Par exemple, Lille fait partie d'un sous-zonage privé nommé zone très dense : "en 2009, le gendarme des télécoms, l'ARCEP, a imaginé que les opérateurs se battraient pour raccorder tout le monde. Au final, il n'y a que Orange qui a déployé. Sans concurrence, l'opérateur n'a aucune obligation de complétude et avance à son rythme" affirme Ariel Turpin.

Raccordement et déploiement

Enjeux pour les opérateurs

Pour comprendre les enjeux de la connexion au très haut débit, Ariel Turpin tient à rappeler qu'il faut saisir la différence entre déploiement et raccordement. Le déploiement de la fibre est variable selon les territoires. En revanche, le raccordement est général sur l'ensemble du pays : "il  se fait très rapidement parce qu'il a une vraie concurrence pour les opérateurs."

Les opérateurs sont préoccupés par trois choses ; "basculer tous leurs clients de l'ADSL à la fibre", "faire en sorte que leur concurrents ne leurs prennent pas leurs clients" et "essayer de piquer les clients des concurrents au moment de la migration du cuivre vers la fibre." Ce qui se ressent sur le service : déployer la fibre et "faire de la qualité n'ont pas d'impacts directs sur les trois autres priorités."

Travail bas-de-gamme

Et niveau qualité, le travail peine à être bien fait. Pour cause, des employés hyper-précaires, sous-traitants des grands opérateurs. Ce mode de raccordement est nommé le "mode stoc", une division du travail uniquement présente en France.

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée