En mai 2021, la station de La Clusaz avait brièvement rouvert après le relâchement des mesures sanitaires ©AFP - Olivier CHASSIGNOLE
En mai 2021, la station de La Clusaz avait brièvement rouvert après le relâchement des mesures sanitaires ©AFP - Olivier CHASSIGNOLE
En mai 2021, la station de La Clusaz avait brièvement rouvert après le relâchement des mesures sanitaires ©AFP - Olivier CHASSIGNOLE
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Résumé

La Clusaz n'est pas parmi les stations de ski qui ouvrent l'accès aux pistes dès demain, mais la mairie a décidé en attendant de cultiver de la neige artificielle. Quel conflit l'oppose aux militants écologiques venus manifester leur opposition ?

avec :

Mikaël Chambru (Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Grenoble Alpes).

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Des militants d'Extinction Rebellion ont pris quartier depuis lundi dans le massif de Beauregard en Haute-Savoie pour manifester contre l'installation d'une retenue d'eau dans le bois de la Colombière. Alors que la commune de La Clusaz adapte l'aménagement des pistes à un enneigement fuyant, des conflits d'usage viennent compliquer ses plans pour garantir l'exploitation du domaine skiable sur toute la saison. 

Qu'y a-t-il de nouveau dans le militantisme écologique des Alpes françaises ? L'enneigement artificiel fait-il peser des risques de pénurie sur l'eau potable ? Baptiste Muckensturm reçoit Mikaël Chambru, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Grenoble Alpes, pour discuter de l'avenir de l'économie alpine dans un contexte de changement climatique.    

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Un projet contesté par les militants

Si on ne connaît pas encore les retombées des actions de désobéissance civile pratiquées par Extinction Rebellion dans les montagnes savoyardes, elles mettent un coup de projecteur sur le projet de la commune et les huit hectares de forêt qui doivent lui faire place. Le projet de bassin de rétention, qui consiste à stocker des eaux de ruissellement d'une manière similaire aux barrages, est la réponse immédiate de La Clusaz pour faire face à un climat qui change et à une demande en eau variable :

Les effets du changement climatique rendent de plus en plus vulnérables les territoires comme La Clusaz par une irrégularité croissante de l'enneigement, ce qui remet en question le modèle de développement fondé sur l'économie du tout-ski. Se pose donc la question de comment on transitionnels ces territoires, comment on change de modèle économique.  

À La Clusaz, on a 1 800 habitants à l'année, alors qu'en pleine période, on passe à 25 000 habitants. Ces pics de fréquentation génèrent des besoins en eau potable importants. Ça, c'est le premier élément ; le deuxième élément implique plutôt la géologie de La Clusaz. On ne peut pas stocker l'eau dans les nappes phréatiques, parce qu'on est sur un terrain calcaire. Mikaël Chambru

Le maire de La Clusaz vise à accroître la capacité d'enneigement artificiel du domaine de 27 % à 47 %, ce qui garantirait 30 ans de revenus issus du ski. 

Vous parliez tout à l'heure de l'ouverture des premières stations de sports d'hiver ce week-end : une partie vont rouvrir grâce à l'enneigement artificiel et avec la remontée des limites pluie-neige, toutes les stations aujourd'hui sont équipées d'enneigeurs et de plus en plus. Mikaël Chambru

Conflits d'usage autour de l'eau

Ce que révèlent en fait les débats autour du projet de bassin de rétention, c'est la raréfaction de la ressource eau dans les montagnes, avec des besoins en eau croissants pour entretenir les domaines skiables et les exploitations agricoles alors que les périodes de sécheresse s'allongent : 

En novembre 2018, suite à un fort épisode de sécheresse, le maire de La Clusaz de l'époque avait déjà dû puiser dans les réserves des canons à neige pour garantir l'alimentation en eau potable, ce qui démontrait déjà qu'il y a aujourd'hui des conflits d'usage autour de la ressource en eau et qui ne vont aller que en s'accentuant.

L'économie de La Clusaz et des villes de montagne est-elle pris au piège par le changement climatique ? Un modèle alternatif au tout-ski semble encore faire défaut dans les stations de montagne : 

C'est un des fameux enjeux du débat et c'est un des enjeux qui est souvent invisible. Derrière ce concept de transition, il y a des faux airs de consensus. La piste la plus évidente en apparence serait de sortir du modèle de tout-ski, c'est-à-dire d'un modèle économique fondé sur une activité de quelques semaines et essentiellement sur le ski, et du coup non seulement basée sur la ressource neige, donc en participant à une diversification touristique, en diversifiant également les activités économiques, en permettant une réinstallation de milliers de gens qui ont d'autres activités dans le village.

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Max Schneider
Collaboration