L'usine Altéo d'extraction de bauxite à Gardanne dans le sud de la France ©AFP - NICOLAS TUCAT
L'usine Altéo d'extraction de bauxite à Gardanne dans le sud de la France ©AFP - NICOLAS TUCAT
L'usine Altéo d'extraction de bauxite à Gardanne dans le sud de la France ©AFP - NICOLAS TUCAT
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Résumé

La Russie fournit 80% des besoins français en alumine. Alors que la seule usine française impliquée dans le processus de fabrication de l'aluminium a fermé l'an dernier, aujourd’hui, force est de constater que la perspective d’une pénurie se fait sentir.

avec :

Didier Julienne (stratège en ressources naturelles, professeur à l’Ecole de guerre économique, ancien trader en métaux stratégiques.).

En savoir plus

Didier Julienne, est un ancien dirigeant de société de métaux stratégiques européenne, états-unienne, russe et Président de la société de consulting en stratégie Commodities & Resources. Il est aussi professeur à l’école de Guerre économique. Vous pouvez retrouver le blog de Didier Julienne en cliquant ici.

Jugée trop polluante, et ses coûts de production trop élevés, la dernière usine produisant de l'aluminium en France a fermé ses portes l'an dernier. Pourtant, après la fermeture du site de Gardanne, les autorités expliquaient qu’il n’y avait pas matière à s’inquiéter, qu’il existe d’autres sites d’extraction en Europe sur lesquels la France pourrait compter en cas de déstabilisation du marché mondial.

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Mais la guerre en Ukraine rappelle aujourd'hui à la France sa dépendance en aluminium. Et pas que. L'Hexagone dépend de la Russie pour d'autres matières premières telles le palladium, le platine, le nickel, le minerai de fer, l'acier, des produits agricoles ou encore de l'énergie.

13 min

Rusal, le bauxite et l'alumine

Rusal est la société russe qui produit de l'alumunium auprès de laquelle la France se fournit majoritairement, en plus de la Chine "qui produit 60% de la production mondiale" ajoute Didier Julienne. Elle est dirigée par un oligarque Russe, Oleg Deripaska et se place au deuxième rang mondial du secteur.

La bauxite, le minerai principal pour produire de l'aluminium est majoritairement extrait des roches guinéennes, indonésiennes et australiennes. C'est avec cette matière que des usines comme Rusal vont pouvoir créer de l'alumine.  "La Russie produit 6% de la production mondiale, l'Europe 7% et le Moyen-Orient produit environ 10%de la production mondiale, parce qu'il dispose d'une électricité peu coûteuse produite à partir d'hydrocarbures " explique Didier Julienne.

Première crise de l'aluminium

Concernant son propriétaire, Oleg Deripaska, "c'est un oligarque qui a bénéficié de l'effondrement de l'URSS pour se construire un empire d'aluminium en Russie. Il a été mis sous embargo en 2018 par Trump pour des raisons assez obscures." relève Didier Julienne

En 2018, l'Europe se retrouve par conséquent dans une situation périlleuse parce qu'elle importait l'intégralité ou en tout cas la plus grosse partie de son alumine de l'usine Rusal de Deripaska, située en Irlande. Les entreprises qui ont transformé cette alumine en aluminium n'ont pas voulu se retrouver au milieu des sanctions américaines et de l'extraterritorialité de son droit. Elles ont dû trouver des solutions qu'elles n'ont pas trouvé, ce qui a provoqué une première crise de l'aluminium en Europe il y a maintenant trois ans, qui s'est totalement dégonflée par la suite. "Aujourd'hui, nous nous retrouvons dans une situation quasiment identique" ajoute le professeur.

Oleg Deripaska, l'oligarque qui dit "Non" à Poutine

Mais Oleg Deripaska ne subit pas encore les sanctions en cours "ainsi, les produits de ses usines peuvent normalement être achetés produits en Europe elle peut être produits en Europe et puis achetés par les consommateurs européens sont sans grandes difficultés" soulève Didier Julienne.

Puis de souligner : "c'est extrêmement rare et ça exprime un certain courage de l'homme parce qu'il est en opposition directe avec Poutine. Il prend un risque énorme pour lui même et non pas pour son entreprise parce que son entreprise, s'il disparaissait serait immédiatement nationalisée." En effet, il y a 10 jours, Oleg Deripaska a appelé à mettre fin au capitalisme d'État de la Russie et "à l'ouverture le plus possible de pourparlers de paix complets."

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée