Le village de Chatillon-en-Bazois, à 30km de Premery, Nièvre, Bourgogne-Franche-Comté, France
Le village de Chatillon-en-Bazois, à 30km de Premery, Nièvre, Bourgogne-Franche-Comté, France ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Le village de Chatillon-en-Bazois, à 30km de Premery, Nièvre, Bourgogne-Franche-Comté, France ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Le village de Chatillon-en-Bazois, à 30km de Premery, Nièvre, Bourgogne-Franche-Comté, France ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
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Il y a les problèmes nationaux et il y a les solutions locales, il y a le chômage, et il y a Prémery, 1800 habitants dans la Nièvre avec son taux supérieur de 6 points à la moyenne nationale dans les années noires entre 2011 et 2016. Depuis, c'est devenu un territoire zéro chômeur de longue durée.

Avec Achille Warnant : doctorant en géographie à l’EHESS, co-directeur de l'Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation locales de la Fondation Jean-Jaurès.

Prémery est une petite ville de 1800 habitants, qui a longtemps vécu avec une mono-industrie qui à fait vivre la commune de la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle. Toutes les sociabilités étaient organisées autour de Lambiotte, qui représentait 500 emplois directs et 700 emplois indirects, avec les bûcherons etc. La fermeture a donc eu des conséquences économiques, mais aussi des conséquence symboliques. Il y a eu une paupérisation du territoire, ainsi qu'un sentiment de dégradation symbolique de Prémery.

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Mais ce n'est pas une fatalité : l'employeur principal est désormais l'EBE, une entreprise à but d'emploi, c'est une entreprise qui relève de l'économie sociale et solidaire qui fonctionne en lien avec un comité local pour l'emploi qui veille au bon déroulement de l'expérimentation, qui identifie les chômeurs de longue durée, et chargé de trouver des activités pour l'EBE. Cette dernière est une entreprise originale puisqu'elle n'a pas pour but de faire du profit mais de créer de l'activité, de générer un petit chiffre d'affaire complété par des subventions publiques pour trouver un équilibre.

Quel est le profil type des salariés à Prémery ? Il n'y en a pas pas, précise Achille Warnant. Il y a 60% de femmes, en majorité des gens peu ou faiblement diplômés, et environ la moitié des employés ont moins de 42 ans. Mais il y a également des gens diplômés, qui ont connu une période de chômage importante, il y a donc une diversité des profils.

L'expérimentation repose sur trois hypothèses fondatrices, "nul n'est inemployable", "ce n'est pas le travail qui manque puisqu'il existe partout des besoins non satisfaits", et "ce n'est pas non plus l'argent qui manque comte tenu des coûts générés par le chômage de longue durée".

L'idée c'est que les activités proposées soient non concurrentielles avec celles du secteur privé. Il y a du bucheronnage, du maraichage, des activités de recyclerie, de l'aide au devoir, aux personnes âgées etc.

ATD Quart Monde estime à 19 000 euros par an la privation d'emploi. Ils calculent les dépenses liées aux prestations sociales, l'allocation chômage, ils ajoutent à ça ce que coute à la sécurité sociale le chômage de longue durée. C'est le montant alloué chaque année par l’État à l'EBE, complété par un petit chiffre d'affaire.

La portée de territoires 0 chômeurs est double, d'un côté individuelle, rapprocher un chômeur de l'emploi, et de l'autre une dimension territoriale, l'enjeu étant de développer le territoire, l'offre de service, la consommation locale. C'est néanmoins difficile à évaluer. La question de savoir si ça permet de redynamiser le territoire sera tranchée rapidement.

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