Chardonneret dans sa cage
Chardonneret dans sa cage
Chardonneret dans sa cage ©AFP - VINCENT MORVAN
Chardonneret dans sa cage ©AFP - VINCENT MORVAN
Chardonneret dans sa cage ©AFP - VINCENT MORVAN
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Résumé

Vendredi à Marseille, quatre personnes doivent comparaitre pour trafic de chardonneret. Ce petit oiseau chanteur a vu sa population décliner de 40% ces dix dernières années et fait l’objet d’un commerce qui serait plus rentable que celui du cannabis. Pourquoi cette espèce est-elle si convoitée ?

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Avec Jean-Yves Bichaton, chef du service départemental des Bouches du Rhône à l’Office Français de la Biodiversité.

Si le chardonneret est une espèce commune, elle est néanmoins protégée par une directive européenne de 1979, décidée suite au constat de la diminution très nette du nombre de spécimens. Aujourd'hui le chardonneret est considéré comme "vulnérable". On estime que 30 à 40% de cette baisse est imputable au trafic lucratif dont le petit volatile fait l'objet; ainsi qu'à l'usage de pesticides dans l'agriculture.

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Entre 2500 et 5000 euros le kilo

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Au marché aux puces de Marseille, le chardonneret s’échange pour des sommes allant de 50 à plusieurs centaines d’euros. Masque rouge autour du bec, éclats de jaune, noir et blanc sur les ailes, ce petit oiseau de 15 cm est pour la beauté de son plumage et de son chant.

« Sa disparition s’explique par l’usage des phytosanitaires et l’évolution dans les techniques agricoles et de l’autre côté par un trafic et des gens qui les capturent » explique Jean-Yves Bichaton. Il y a deux méthodes de capture : la première, « principalement dans le nord avec de grands filets, en nylon, sur lesquels s’accrochent les oiseaux. Vous pouvez très rapidement attraper des dizaines d’oiseaux. Dans le sud, on a des techniques avec de la glu et des pièges avec des trébuchets où les oiseaux sont attirés par des graines. »

Le trafic organisé sillonne les routes d'Europe de l'Espagne à la Belgique, en passant par Marseille et Paris. « Il n’y a pas de profil type du trafiquant. Nous avons des gens qui sont plus ou moins amateurs ou professionnels, des gens qui sont liés à d’autres modes de trafics, commente Jean-Michel Bichaton. Celui qui vend les animaux le fait pour différentes motivations : vous retrouvez des passionnés, mais vous avez aussi des gens qui ne pensent qu’à faire de l’argent. »

Du côté des acquéreurs, c’est un peu différent. « Les personnes qui sont sensibles au chardonneret sont principalement des gens de culture méditerranéenne, soit des gitans soit des gens issus du Maghreb, qui sont sensibles au plumage et au chant de l’oiseau. C’est souvent lié à une transmission de père en fils, d’un savoir-faire, d’une culture, d’une sensibilité. Et on retrouve cette même sensibilité parmi les gens du nord, où dans les mines, cet oiseau était utilisé pour prévenir des coups de grisou. D’où l’intérêt du chardonneret, notamment en Belgique. »

Son prix ? « Lors des auditions, les gens nous disent qu’ils le vendent entre 20 et 50 euros en première main. Quand on va sur le marché, on a plutôt des prix qui oscillent entre 80 et 100 euros. Des prix qui peuvent monter entre 200 à 300 euros pour des spécimens qui sont préparés. Donc en moyenne, ce sont des oiseaux qui sont vendus entre 2500 et 5000 euros le kilo. »

Selon Yves Verilhac, directeur de la Ligue de protection des oiseaux, le chardonneret peut parfois se vendre jusqu’à 1000 ou 1500 euros pièce. « Mais en France, ce sont ce sont 500 000 oiseaux braconnés par an. A titre de comparaison, en Egypte, c’est 5 millions. Nous on est des enfants de chœur comparés à l’Egypte ! »

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Elisa Verbeke
Collaboration
Sarah Masson
Collaboration