Louis Aliot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Steeve Briois à Perpignan, Pyrénées orientales, France
Louis Aliot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Steeve Briois à Perpignan, Pyrénées orientales, France
Louis Aliot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Steeve Briois à Perpignan, Pyrénées orientales, France ©AFP - RAYMOND ROIG
Louis Aliot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Steeve Briois à Perpignan, Pyrénées orientales, France ©AFP - RAYMOND ROIG
Louis Aliot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Steeve Briois à Perpignan, Pyrénées orientales, France ©AFP - RAYMOND ROIG
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Résumé

Les enjeux territoriaux prennent la direction du sud de la France, vers le Var, le Vaucluse, les Bouches du Rhône, les Alpes Maritimes : des terres historiquement acquises à la droite voire à l’extrême-droite comme le montrent les résultats de la dernière présidentielle.

avec :

Christèle Marchand-Lagier (maître de conférence de science politique à l'Université d'Avignon et chercheure associée au Cherpa, laboratoire de l'IEP d'Aix en Provence).

En savoir plus

Avec Christèle Lagier, maîtresse de conférences en science politique à l’Université d’Avignon, autrice de : Le vote FN : pour une sociologie localisée des électorats frontistes, éditions De Boeck, 2017.

Dans la région PACA, le Rassemblement national est historiquement implanté. Mais cette année, c'est l'abstention qui se distingue en augmentant de 5 points en comparaison aux élections de 2017. Christèle Lagier explique, "c'est un mode d'expression dont les citoyens se saisissent dans un contexte où l'offre politique ne correspond pas à leurs attentes."

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PACA et extrême-droite

Dans le sud-est, les électeurs sont habitués à naviguer entre la droite et l'extrême-droite : "de manière très régulière, ils ont le sentiment que voter pour la vraie droite, c'est voter pour le Rassemblement national."

Implantation significative

L'implantation du RN dans ces territoires peut s'expliquer par les rapatriements d'Algérie et les votes des petits commerçants et artisans dans les années 1980. Christèle Lagier ajoute : "depuis 2011, avec l'arrivée de Marine Le Pen, il y a un ancrage très fort du Rassemblement national et une progression des votes sur les élections locales"

Mais les raisons sont surtout politiques : entre 1986 et 1992, l'UDF Jean-Claude Gaudin scelle des accords qui officialisent une collaboration en vue de la présidence de la région avec l'extrême -droite ; en 1995, le Front national conquiert quatre mairies ; en 2002, pendant l'élection, Jean-Marie Le Pen y progresse de dix points.

Ruralité

Territoires ruraux et périurbains sont plus enclins à voter RN. En cause, des populations moins diplômées, "la variable diplôme est la plus corrélée avec le fait de ne pas voter pour le RN."

La valeur travail est aussi essentielle pour les électeurs : "disposer d'un diplôme professionnel plutôt qu'un diplôme de l'enseignement général est significatif pour ceux qui se rapprochent du RN," sous-jacente, l'idée "que cette formation politique serait plus proche de la réalité du terrain."

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Le cas du Vaucluse

Dans le Vaucluse, le RN est particulièrement implanté, et la disparition de la droite au profit de l'extrême-droite, très remarquée. C'est au sein de ce département que Marion Maréchal a été élue députée en 2012.

L'importance du travail

Dans cette zone, le vote RN provient des classes moyennes de droite : "ils sont plutôt des catégories qui travaillent, qui payent des impôts et qui ont le sentiment que le système de redistribution sociale ne se fait pas à leur profit." La saturation provoquée par ce sentiment d'injustice, renforce le recours à l'extrême-droite, *"*il y a une légitimation de cette formation politique plus forte que sur le territoire national."

Département inégalitaire

Le Vaucluse est un des départements les plus pauvres de France, notamment au sein de la région PACA, berceau des inégalités. En termes d'activité professionnelle et d'accès au logement, le tourisme massif a créé "un conflit entre des populations à fort pouvoir d'achat qui créent une fort spéculation foncière, et les populations locales qui ont de plus en plus de mal à faire leur place sur le territoire."

La ville d'Avignon fait office d'exception, Jean-Luc Mélenchon y a réalisé de très bon scores, tandis que dans la majorité des bureaux de votes, Marine Le Pen n'a pas atteint les 10%. Un phénomène très rare dans la région, que l'on retrouve toutefois à Marseille.

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Dépolitisation du vote

L'effet groupe de pairs

Dans la vie de beaucoup de citoyens, le vote n'est pas central. Les milieux éloignés n'envisagent pas le vote comme la traduction d'une adhésion à leurs idées, "ce qui explique les taux d'abstention de plus en plus massifs."

Parmi les personnes que Christèle Lagier rencontre, elle remarque que pour beaucoup, "la préférence Front national s'est invitée dans leurs trajectoires à la faveur d'une rencontre matrimoniale, amicale ou de déplacements géographiques."

Le programme du Rassemblement national est lui-même dépolitisé "par l'investissement de figures locales et la possibilité de soutenir quelqu'un que l'on connaît dans la vie de tous les jours." Selon Christèle Lagier, "c'est une réussite du RN".

Le vote Zemmour

A Saint-Tropez, le président de Reconquête! a obtenu des résultats allant de 22 à 24%. Un record qui s'étend sur le département du Var : "le vote Zemmour vient satisfaire les franges les plus idéologues, qui votaient jusque là pour le RN en se contentant de cette offre politique parce qu'il n'y avait que ça." La figure médiatique que représente le candidat a aussi permis de séduire une plus grande diversité d'électeurs.

Au final, cette division entre le RN et le parti Reconquête! rappelle la scission entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret en 1998 : "il y avait eu un départ massif des cadres des dirigeants du Front national vers Bruno Mégret." Aujourd'hui, une très nette fracture existe au sein du RN, incarnée par Marine Le Pen et par Marion Maréchal

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée