Moustique tigre en train de piquer sa proie humaine
Moustique tigre en train de piquer sa proie humaine ©Getty - Rajat Mohanty
Moustique tigre en train de piquer sa proie humaine ©Getty - Rajat Mohanty
Moustique tigre en train de piquer sa proie humaine ©Getty - Rajat Mohanty
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Depuis son arrivée dans les Alpes-Maritimes en 2004, l’insecte prolifère sur le territoire métropolitain emportant dans sa salive le virus de la dengue dont les cas se multiplient. Anna-Bella Failloux, mousticologue à l’Institut Pasteur, analyse les conquêtes du moustique tigre.

Avec
  • Anna-Bella Failloux Entomologiste

Près d'une quarantaine de cas autochtones de dengue ont été recensés en France métropolitaine ces derniers mois. C'est plus que le total cumulé des dix dernières années. Le virus tropical a visiblement réussi à s'acclimater, propagé par le moustique tigre qui a véritablement infesté le territoire hexagonal. Anna-Bella Failloux, mousticologue à l’Institut Pasteur, mesure les conquêtes spatiales de ce moustique, de son vrai nom Aedes albopictus, les logiques de son emprise et estime les risques épidémiques.

La dengue

Anna-Bella Failloux dresse le constat de la présence de la dingue en France : "Oui, c'est une nouveauté. Les premiers cas autochtones ont été décelés en 2010. La particularité cette année, c'est qu'on a plus de 47 cas dans les différents départements, la région Paca et en plus la région Occitanie. Donc la dengue est en train de s'étendre. Et avec le moustique tigre qui est présent dans plus de 67 départements en France métropolitaine".

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Le moustique tigre, l’alpha de son espèce

La mousticologue fait d’abord une rapide description afin que nous puissions le reconnaître : "le moustique qui est tout noir, a des pattes rayées. On l'appelle aussi le moustique en pyjama puisqu'il a des pattes rayées et il est relativement actif dans la journée. Il pique essentiellement l'homme et à l'intérieur des maisons également. Donc c'est celui qui vit avec nous".

Anna-Bella Failloux fait part de la particularité de ce moustique : "le moustique tigre a la particularité (…) de pondre des œufs qui sont enveloppés d'une coque imperméable, le permettant en fait de supporter la sécheresse. Et en même temps, ses œufs sont capables de supporter les basses températures et notamment de pouvoir supporter l'hiver. C'est pour ça que le moustique tigre est présent dans les régions tropicales et tempérées".

La propagation des moustiques tigres

Présent depuis 2004 d’abord dans la ville de Menton, le moustique tigre remonte dans le nord le long des axes de communication comme l’explique Anna-Bella Failloux : "C'est un moustique qui aime le sang humain. Donc il nous pique, nous suit dans les voitures et remonte par exemple vers Lyon dans les aires d'autoroute. (…) Parce que lorsque vous vous arrêtez à des aires d'autoroute, vous ouvrez les portières et les moustiques, gorger de sang, vont sortir, vont pondre dans ces aires d'autoroute et ainsi de suite remonter vers le nord".

Hormis la Normandie et une partie de la Bretagne, le moustique tigre est présent sur la quasi-totalité du territoire nationale, dans 67 départements. Il n’y a pas de raison pour que le moustique ne se renforce pas dans le nord selon l’entomologiste de l’Institut Pasteur, sachant qu’il se plaît en Alsace au climat hivernal assez rude, "il n’y a pas de raison que la France entière ne soit pas couverte de ce moustique". Aujourd’hui, plus d'une vingtaine de pays en Europe sont infestés par ce moustique.

L’Organisation mondiale de la Santé résumait déjà dès 2014 la propagation du moustique tigre à l’échelle de la planète par la mondialisation des échanges commerciaux et des voyages, l'avancée de l'urbanisation et le changement climatique.

Comment lutter ?

"Il va falloir reconsidérer sérieusement le problème parce qu’aujourd'hui, il n'y a pas de traitement spécifique de la dengue. Il y a un vaccin qui est utilisé mais sous certaines conditions. Donc forcément, tuer le moustique est ce qui nous reste pour lutter contre ces maladies transmises par des moustiques", Anna-Bella Failloux nous alerte sur le fait qu’il faut se concentrer sur l’éradication du moustique tigre mais précise que les insecticides ne font que développer des résistances plus importantes des moustiques, entraînant la démoustication dans un cercle vicieux du toujours plus d’insecticides au détriment de la faune et de la flore.

Mais l’espoir n’est pas perdu selon la mousticologue : "Il y a d'autres solutions qui permettraient d'éradiquer l'expansion de ce moustique tigre sur le territoire métropolitain, mais aussi dans les Antilles. (…) Les chercheurs tentent différentes méthodes et notamment sur l'île de La Réunion, vous avez la méthode de l'insecte stérile. Ce sont des mâles qui ont été irradiés, rendus stériles par des rayons gamma. Ces malades sont lâchés dans la nature en se reproduisant avec des femelles. La descendance n'est pas viable, donc à terme, on aura moins de moustiques. Dans d'autres territoires, comme la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie, il y a une autre technique qui est testée. C’est la technique de la bactérie Wolbachia. C'est une bactérie qui existe dans plus de 60/70 % des insectes. Mais chez le moustique dans ces régions, cette bactérie n'est pas présente. Des chercheurs ont donc inoculé cette bactérie qui empêche le virus de la dengue de se multiplier. On va certes continuer à être piqué, mais on ne sera pas infecté par le virus et on ne va pas être malade. Tout ça a été testé dans des îles, c’est l'avantage d'avoir des territoires ultramarins dans les trois océans. Et les îles c'est important parce qu'on peut tester l'efficacité d'une méthode. Il n'y a pas de recolonisation possible de l'extérieur. On peut donc vraiment tester si ça marche ou pas".

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration
Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée