En 2016, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve serre la main d'un migrant devant un centre d'accueil à Gelos, dans le sud ouest de la France
En 2016, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve serre la main d'un migrant devant un centre d'accueil à Gelos, dans le sud ouest de la France - GAIZKA IROZ
En 2016, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve serre la main d'un migrant devant un centre d'accueil à Gelos, dans le sud ouest de la France - GAIZKA IROZ
En 2016, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve serre la main d'un migrant devant un centre d'accueil à Gelos, dans le sud ouest de la France - GAIZKA IROZ
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Emmanuel Macron a récemment déclaré vouloir répartir les étrangers arrivant en France dans des espaces ruraux plutôt que les grandes villes. Julie Fromentin est géographe et postdoctorante au sein du projet PAVIM "Penser autrement les villes petites et moyennes" - Université Gustave Eiffel.

Le 15 septembre dernier, le président de la République a plaidé pour une meilleure répartition spatiale des étrangers accueillis sur le sol français. "Notre politique aujourd'hui est absurde", a déclaré Emmanuel Macron, "car elle consiste à mettre des femmes et des hommes qui arrivent, qui sont dans la plus grande misère, dans les quartiers les plus pauvres". Mieux vaudrait-il, a-t-il ajouté, les répartir sur le territoire français, notamment dans les espaces ruraux qui, eux, sont en train de perdre de la population. S'agit-il d'une idée neuve et de qui parle-t-on exactement ? Qu'est-ce que les expériences menées en France ont-elles déjà montré ? Quel est l'effet sur les tissus locaux de l'arrivée de populations étrangères ? Décryptage de ces problématiques avec Julie Fromentin, doctorante en géographie à l'université Gustave-Eiffel en Ile de France et spécialiste de géographie de la population avec une thèse sur l'immigration dans les espaces peu denses français.

De qui parle-t-on ?

Tous les étrangers arrivant sur le territoire français ne sont pas concernés par les propos d’Emmanuel Macron. Le président vise ici les demandeurs d’asiles et, nouveauté, les réfugiés. Le demandeur d’asile sollicite une protection internationale et n’a pas encore été reconnu comme réfugié. Le réfugié, lui, dispose d’un titre légal de réfugié. Le président va donc plus loin qu’auparavant en proposant de répartir ces réfugiés.

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Une idée recyclée ?

L’idée est loin d’être nouvelle pour Julie Fromentin : "Ce que propose Emmanuel Macron s'inscrit aujourd'hui dans la continuité de politiques passées. (…) La question de l'accueil des demandeurs d'asile et de leur hébergement est devenue une prérogative de l'Etat dans les années 70 et dès le départ, c'est mis en place avec cette idée d'une dissémination, d'une répartition sur le territoire national. Ça a été en particulier renforcé à partir des années 2000, avec une politique de régionalisation, de rééquilibrage entre les territoires, notamment régionaux, dimension qui a encore été renforcée au milieu des années 2010. (…) Où on a notamment, à travers l'ouverture d'un certain nombre de structures supplémentaires, renforcer cette orientation qui visait à notamment à déconcentrer l'Ile de France de cette question de l'accueil des populations demandeuses d'asile". La doctorante ajoute même que cette politique de dissémination n’est pas exclusive à la France mais qu’elle concernait également les autres pays européens et les Etats-Unis dès les années 1970.

La nécessité d’une coopération entre l’Etat et les collectivités locales

Dans les études de cas de la doctorante en géographie, un des éléments de la réussite dans l’accueil des réfugiés est la coopération entre l’Etat et les collectivités territoriales, ce qui n’est pas toujours le cas : « Quand les centres sont implantés généralement c'est du fait de l'Etat et les élus locaux n'ont pas toujours leur mot à dire dans l'implantation de ces structures, ils sont même parfois prévenus à la dernière minute. Et donc, dans le cas de l'Ariège, ce qui est intéressant, c'est que là, c'est quelque chose qui s'est fait plus avec une position favorable de la mairie qui s'est engagée dans cette démarche-là et donc qui a soutenu, depuis maintenant des décennies, l'action des travailleurs locaux et en lien avec des associations également ».

Les demandeurs d’asile restent-ils sur place ?

Selon Julie Fromentin, "on peut observer dans les deux sens. On peut observer des personnes qui effectivement désirent s'installer et rester sur place. Et, à l'inverse, on a aussi de dynamiques de personnes qui cherchent à retourner dans de grandes villes où elles ont des ressources sociales, relationnelles, mais aussi peut-être un accès à l'emploi plus facilité".

Comment se répartit l’immigration dans nos campagnes ?

"On parle beaucoup des réfugiés, des demandeurs d'asile, mais ils font partie d'une population plus large des personnes immigrées qu'on trouve en France et notamment dans les campagnes. Nous, ce qu'on observe, c'est que globalement, la population immigrée des campagnes depuis les années 70 est plutôt stable. Elle représente entre 4 et 5 % de la population des campagnes en général".

Selon Julie Fromentin, l’évolution n’est pas quantitative mais qualitative : "les plus grandes régions aujourd'hui d'implantation des immigrés en France, du point de vue des campagnes, c'est d'abord les campagnes frontalières de l'est de la France, donc à la frontière avec la Belgique, avec l'Allemagne. Il y a beaucoup de travailleurs transfrontaliers, donc d'implantation d'immigrés dans ces espaces-là. Les campagnes du sud et du sud-ouest de la France ont été des espaces historiques d'arrivées d'immigrés qui travaillent dans l'agriculture notamment, mais aussi dans l'industrie. Et aujourd'hui, de plus en plus également, dans les campagnes périurbaines, donc en périphérie des villes".

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