Des mineurs remontent du puits de La Houve, dernière mine de charbon en activité en France en 2004
Des mineurs remontent du puits de La Houve, dernière mine de charbon en activité en France en 2004
Des mineurs remontent du puits de La Houve, dernière mine de charbon en activité en France en 2004 ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Des mineurs remontent du puits de La Houve, dernière mine de charbon en activité en France en 2004 ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Des mineurs remontent du puits de La Houve, dernière mine de charbon en activité en France en 2004 ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Publicité
Résumé

Ce matin, les enjeux territoriaux s’installent en Lorraine pour sonder les ressources de gaz présentes sous les anciennes mines. A l’heure où notre approvisionnement est fragilisé par la guerre en Ukraine, faut-il lancer une nouvelle exploitation énergétique sur ces terres post-industrielles ?

En savoir plus

Avec Olivier Labussière, géographe, chargé de recherches au CNRS

Le gaz de houille est un gisement particulier, "au sens où ça n'est pas une poche de gaz, mais plutôt des molécules de méthane qui sont distribuées dans le sous sol. Il y a un effort de récupération particulier à produire en forant jusqu'à 1500 mètres de profondeur, en dessous des anciennes mines" explique le géographe.

Publicité
13 min

Société Française de l'Énergie

La Société Française de l'Énergie est issue d'une entreprise australienne, Kimberly Hill, qui cède ses actifs charbonniers en Australie pour s'implanter en Europe*. Après avoir convaincu les collectivités locales en tablant sur le ré-emploi et la souveraineté énergétique, la société a dû relever plusieurs défis.

Sous-sol complexe

En 2004, alors qu'une seule mine est encore en activité dans la région, Kimberly Hill qui connaît assez peu le contexte lorrain a besoin d'accéder à une expertise locale : "il y a des particularités propres à la Lorraine, un paysage chahuté, avec des charbons profonds, humides et penchés. Il est très complexe d'intervenir dans ce sous-sol" confie Olivier Labussière. Kimberly Hill va alors embaucher d'anciens ingénieurs des mines et mettre sur la main sur "une quantité d'archives et de connaissances issues de l'exploitation minière."

Ré-emploi

Ré-industrialiser une région aussi sinistrée que la Moselle est apparu comme un argument de poids pour les collectivités territoriales qui rêvaient d'un renouveau industriel, mais "une étude menée au CNRS montre que l'emploi lié à l'exploitation de la houille est limité. L'opérateur table sur cinq emplois par puits et par forage, mais il s'agit là d'un emploi direct pour deux à trois emplois indirects" souligne Olivier Labussière.

De plus, la complexité du sous-sol lorrain requiert des compétences telles qu'il faut parfois aller chercher des travailleurs hors de la France : "après avoir fonctionné avec d'anciens ingénieurs des mines, l'opérateur s'est tourné vers des foreurs canadiens" explique le géographe.

Souveraineté énergétique

Un argument important en faveur du projet et qui résonne encore plus en ces temps de guerre en Ukraine, a été celui de la souveraineté énergétique. L'opérateur annonce aujourd'hui une réserve prouvée de 2,1 milliards de mètres cubes par an exploitables. C'est un volume élevé mais qui ne couvre que 5% de la consommation annuelle française : "ce gisement est important, mais il ne résout pas la question de la souveraineté énergétique de la France en gaz" résume Olivier Labussière.

Des oppositions locales

Dans une tribune au mois de novembre dernier, une soixantaine d'élus locaux ont appelé le gouvernement à refuser la Concession Bleue Lorraine. Les opposants craignent que ce type d'exploitation nuise à la qualité de l'eau et enlaidisse les paysages lorrains.

Ce type de débat montre les difficultés à relocaliser la production d'énergie en France.

*La Société Française de l'Énergie tient à préciser la structure actuelle de son actionnariat. Au 31 décembre 2021, il se compose comme suit : de grandes familles industrielles françaises pour 28%, des institutions financières (dont des banques françaises) pour 48%, des particuliers (dont de nombreux habitants du Grand Est et des Hauts-de-France) pour 14% et enfin les salariés du Groupe pour 10%.

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée